Scandales sanitaires

Gaz de schiste : premier jumelage France-Québec

Agence QMI  
François C. Guèvremont
24/10/2011 20h05

Environnement - Gaz de schiste : premier jumelage France-Québec

Jacques Villemaire, maire de Saint-Denis-sur-Richelieu, s’est réjouit du jumelage avec la France. En arrière-plan, la banderole avec les 4200 signatures de France.  

© Agence QMI
SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU – La municipalité de Saint-Denis-sur-Richelieu en Montérégie sera la première du Québec à être jumelée à une municipalité en France pour échanger de l’information afin de lutter contre l’industrie des gaz de schiste.

Saint-Denis-sur-Richelieu sera jumelée à la municipalité de Millau, dans l’Aveyron. L’annonce a été faite lundi aux abords du puits de la compagnie Canbriam, à La Présentation, devant une cinquantaine de manifestants.

Rappelons que la compagnie Canadian Forest Oil a foré l’automne dernier un puits à Saint-Denis-sur-Richelieu, qui compte 2300 habitants.

« Dès demain, nous allons commencer à travailler avec eux, a dit le maire de Saint-Denis-sur-Richelieu, Jacques Villemaire. Nous voulons aller chercher la recette qui permet aux Français de mobiliser leur peuple et de sortir dans les rues contre les gazières. »

Une militante anti-gaz de schiste française était aussi présente lors de l’annonce. Elle avait apporté une banderole signée par 4200 membres de comités de mobilisation dans son pays. Elle l’a laissée pour quelques mois aux opposants québécois.

« C’est une lutte internationale, autant en Pologne, aux États-Unis qu’au Québec, a indiqué la Française, Elisabelle Bourgue. Ce serait intéressant d’organiser plus de jumelage de ce genre entre des villes du Québec et de la France. »

Improvisation du gouvernement

Plusieurs députés du Parti québécois étaient présents à La Présentation pour appuyer les opposants à l’industrie gazière. Ils ont d’ailleurs réitéré la demande de leur parti d’instaurer un moratoire sur l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste au Québec.

« Le gouvernement improvise avec les deniers publics, mais nous ne les laisserons pas improviser avec la santé des citoyens, a dit le député de Verchères Stéphane Bergeron. C’est clair qu’il y a des gens au gouvernement qui ne veulent pas que nous ayons l’information. Nous allons aller la chercher! »

Sa collègue Martine Ouellet, porte-parole de l’opposition officielle en matière de mines et de gaz de schiste et députée de Vachon, est allée encore plus loin. « Ce n’est pas de l’improvisation, c’est carrément de l’incompétence et de la complaisance avec les entreprises gazières », a-t-elle dit.

Elle déplore d’ailleurs les conditions dans lesquelles se déroule l’Étude environnementale stratégique, commandée par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. « Ils veulent utiliser tout le territoire de la vallée du fleuve Saint-Laurent comme terrain d’expérience, a dit Mme Ouellet. Il faut mettre ces apprentis sorciers au pas. »

 

SOURCE : http://fr.canoe.ca/infos/environnement/archives/2011/10/20111024-200531.html

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BARJAC (GARD)Gaz de schiste : 6 500 personnes manifestent

Le Dauphiné Libéré   Le cortège, avec les élus en tête, s’est déroulé dans les rues de Barjac.

les élus en tête, s’est déroulé dans les rues de Barjac.

Hier, à Barjac (dans le Gard), s’étaient donné rendez-vous les différents collectifs luttant contre l’exploitation du gaz de schiste. Ils étaient 6 500 à se déplacer d’Ardèche, de Drôme, d’Aveyron, de l’Hérault et du Gard. Un lieu de rassemblement symbolique puisque Barjac est actuellement concerné par le permis du bassin d’Alès.

Le but de la journée était de maintenir la vigilance. « L’abrogation le 12 octobre des permis de Nant, Montélimar et Villeneuve-de-Berg ne solutionne en rien la problématique. Et ce, sur l’ensemble de la France », a déclaré Michel Mariton, porte-parole du collectif ardéchois.

José Bové en invité surprise

Les textes abrogeant ces trois permis n’auraient, en effet, aucune valeur juridictionnelle. De plus, il reste 61 permis en cours sur le territoire français « et 88 demandes en attente », précise-t-il.

L’Ardèche est concernée par les permis de la plaine d’Alès et du bassin d’Alès. « De nombreux permis sont à cheval sur plusieurs départements, explique Michel Mariton. Notre intention est donc d’agir main dans la main ».

Une idée soutenue par Joël Jolivet, membre du collectif gardéchois et maire d’une commune concernée par le permis du bassin d’Alès : « Ensemble, nous permettons une mobilisation plus forte et une meilleure analyse de la situation. » José Bové, invité surprise, a pris le micro pour encourager les manifestants.

SOURCE : http://www.ledauphine.com/ardeche/2011/10/23/gaz-de-schiste-6-500-personnes-manifestent

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Gaz de schiste en Pennsylvanie, « leurs constats sont inquiétants »

Québec • Un groupe d’élus municipaux et de 55 citoyens québécois sont revenus de Pennsylvanie. Ils ont constaté l’enfer auquel s’attend le Québec dans 15 ans si les gazières foraient les 20 000 puits prévus dans leur plan d’exploitation du gaz de schiste.

Les participants et participantes tiennent à partager leurs commentaires et impressions1 au retour de ce périple. Plusieurs ont été surpris de la gravité de la situation, particulièrement dans les régions rurales de la Pennsylvanie, qui ont de nombreuses similitudes avec la vallée du Saint-Laurent.

Ils ont constaté que les infrastructures des régions rurales ne sont pas adaptées à un tel changement de vocation, créant des embouteillages, un trafic routier accru, des bris de routes et de ponts et l’abandon de fermes.

Les problèmes sociaux habituellement retrouvés dans les milieux urbains surgissent maintenant dans ces milieux ruraux qui ne sont pas préparés à y faire face.

Sur le plan de l’économie locale, leurs craintes quant à la diminution radicale de la valeur des propriétés lorsque l’industrie des gaz de schiste s’installe ont été confirmées.

L’augmentation du coût de la vie est présente dans le quotidien, une réalité dont ils ont été témoins. Cette situation peut certainement mener une partie de la population à un seuil critique de pauvreté.

Leurs pires craintes ont été confirmées concernant les dommages environnementaux sur l’approvisionnement en eau potable et sur la qualité de l’air.

Ils ont reçu à plusieurs reprises des mises en garde de scientifiques et de citoyens concernés. Ils se sont adressés aux Québécois afin que ceux-ci évitent de se lancer dans le développement de cette énergie fossile non conventionnelle et tournent plutôt le regard vers les énergies renouvelables. Comme leur a dit monsieur Calvin Tillman, ex-maire de Dish au Texas, « lorsqu’on sait, on ne peut plus ignorer ».

Le Parti libéral du Québec sait aussi tout ça, mais il l’ignore. En fait, le PLQ vous ignore nonchalamment. Le Parti québécois lui réclame un moratoire complet sur l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste. « Avec tout ce qu’on apprend depuis un an, il faut, nous aussi, comme en France, interdire la fracturation hydraulique. Le gouvernement Charest doit, d’ici l’ajournement des travaux parlementaires en décembre, présenter un projet de loi en ce sens », a déclaré Martine Ouellet.

L’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) appuie les citoyens qui répètent au gouvernement la non-réceptivité du projet par la population. L’AQLPA est l’organisme à l’origine du soulèvement populaire actuel contre le gaz de schiste. Elle dénonce depuis deux ans cette filière et la façon dont elle a été mise en place.

 

Compte-rendu sur le voyage du groupe de citoyens au pays des gaz de schiste en Pennsylvanie

Source : http://depeches.ameriquebec.net/2011/10/18-gaz-de-schiste-en-pennsylvanie-leurs-constats-sont-inquietants.qc


Mardi 18 Oct     – 10:30     – Saint Luc

Caraman. Conférence sur les dangers du gaz de schiste

Caraman. Conférence sur les dangers du gaz de schiste

Le 4 octobre, le gouvernement a annoncé, avec fracas, l’abrogation des permis d’exploration du gaz de schiste. En fait, il ne s’agit que des 3 permis autour de la zone de visite du Président de la République. 61 autres permis sont toujours en vigueur dont plusieurs en Midi-Pyrénées et l’Assemblée Nationale vient de refuser un projet de loi interdisant l’exploration et l’exploitation du Gaz de schiste. Pour comprendre les enjeux et les risques de l’exploitation du gaz de schiste, en particulier pour les terres agricoles, Europe Ecologie-Les verts Lauragais organise un débat public autour de la projection du film « Gasland ».

Aujourd’hui mardi 18 octobre à 20 h 30, -Halle centrale de Caraman. Entrée gratuite.

Source :  http://www.ladepeche.fr/article/2011/10/18/1194959-caraman-conference-sur-les-dangers-du-gaz-de-schiste.html


Voir aussi : http://www.lunion.presse.fr/article/aisne/gaz-de-schiste-le-permis-dexploration-de-chateau-thierry-maintenu

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Gaz de schiste : «Le corps des Mines est la fois juge et partie»

liberation.jpg   Par PROPOS RECUEILLIS PAR LAURA THOUNY

Un puits d’exploration en Pologne. (REUTERS)

Le 14 septembre prochain, c’est la rentrée des anti-gaz de schiste. Uneloi interdisant l’exploitation de cet hydrocarbure par «fracturation hydraulique» – une technique jugée hautement polluante – a été adoptée en juin dernier, après la révélation que des permis avaient été délivrés en catimini par le ministère de Jean-Louis Borloo en 2010. Le texte donnait deux mois aux industriels pour qu’ils expliquent comment ils comptent exploiter leurs gisements. Ils rendront leurs conclusions dans quelques jours, et pourraient bien en profiter pour contourner la loi, nous explique Marine Jobert, journaliste et co-auteur de l’enquête Le vrai scandale des gaz de schiste. Laquelle dénonce notamment le rôle central du Corps des mines dans ce feuilleton écologique.

Dans votre ouvrage, vous montrez l’implication permanente du puissant corps des ingénieurs des Mines (1) dans les décisions relatives aux gaz de schiste. En quoi sont-ils liés à la signature des permis délivrés en mars 2010 ?

Les hydrocarbures non conventionnels attisent l’intérêt du Corps des mines depuis au moins dix ans. En 2006, déjà, ils avaient délivré des permis d’exploration dans le Bassin parisien. Ce sont eux qui décident quelle sera l’énergie de demain pour la France, sans en discuter avec qui que ce soit.

C’est Pierre-Marie Abadie, directeur de l’énergie et du climat au ministère de l’Ecologie, qui paraphe en mars 2010 les arrêtés autorisant l’exploration du sous-sol au nom de Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Ecologie. Pierre-Marie Abadie qui est lui-même est issu du corps des Mines. Je ne dis pas que Jean-Louis Borloo n’était pas au courant. Juridiquement, il devait l’être.

«Tout était déjà dans la presse. Nous ne sommes pas mandatés à perdre du temps à répercuter des informations qui sont déjà dans les canaux classiques», m’a expliqué un membre du CGIET (le Conseil général des  Mines, ndlr) quand je lui ai demandé pourquoi ils n’avaient pas informé le ministère sur les risques. Un comble !

Ce sont encore des membres du corps des Mines qui vont se prononcer sur l’éventuelle levée de l’interdiction édictée en juin.

Pour examiner l’avenir «des gaz de roches mère» en réponse au tollé du public, Nathalie Kosciusko-Morizet et Eric Besson — alors respectivement ministre de l’Ecologie et ministre de l’Industrie — ont désigné en avril 2011… des membres du Conseil général des mines et du CGEDD (issu de la fusion des Ponts et chaussées et de l’inspection générale de l’environnement, ndlr). Sans surprise, leur pré-rapport est favorable au gaz de schiste.

Ceux-là mêmes qui avaient délivré des permis l’année précédente ont expliqué que le gaz de schiste ne pouvait pas être abandonné. Et doivent maintenant se prononcer sur l’avenir des permis suspendus en juin pour deux mois par un «moratoire». Ils sont à la fois juge et partie !

D’ailleurs, si un pré-rapport a été rendu en avril, ils devaient rendre leurs conclusions fin juin. Nous sommes le 8 septembre et on l’attend toujours !

Dans votre livre, vous évoquez aussi un certain Julien Balkany…

Julien Balkany est le demi-frère de Patrick Balkany. A 30 ans, ce trader a été employé par la société Toréador, en possession de plusieurs permis d’exploration.

ll n’avait pas particulièrement de compétences dans ce domaine et il s’est retrouvé bombardé là avec un poste dont les attributions n’étaient pas très claires : administrateur et vice-président non-exécutif du conseil d’administration.

Dès qu’il a été exposé au plan médiatique (par L’Est républicain, ndlr) et qu’a éclaté la suspicion d’une connivence possible avec le pouvoir, Toréador décide de le changer de poste, et de le reléguer au rang de «conseiller».

Suite à ce changement de casquette, le président de l’entreprise remercie chaudement Balkany pour «sa contribution au développement de Toréador en France». Lorsqu’on  s’adresse à un haut fonctionnaire, la parole d’un Balkany a forcément plus de poids que celle d’un «Duchmol». Lui jure pourtant ses grands dieux qu’il n’a pas usé de son influence.

Quid des autres industriels du secteur amis du Président ?

Paul Desmarais et Albert Frère ont des parts dans des entreprises qui fabriquent des produits chimiques destinés à l’extraction des gaz de schiste. Ce sont aussi des amis de Sarkozy, à qui il a remis la grand Croix et qui étaient présents en 2007 à la soirée du Fouquet’s.

Paul Desmarais représente une figure paternel pour Sarkozy. Après la défaite de Balladur, il l’a beaucoup soutenu pendant sa «traversée du désert».

Lorsque la mission d’information parlementaire sur le gaz de schiste les convoque, Paul Desmarais et Albert Frère écrivent main dans la main un mot d’excuse. Ils sont d’une manière ou d’une autre liés par leur amitié vis-à-vis de Nicolas Sarkozy.

Comment les anti-gaz de schiste ont-ils réussi à faire voter une loi d’urgence ?

C’est une mobilisation exceptionnelle par son ampleur, sa transversalité et sa spontanéité.

Tout a commencé par une réunion spontanée de citoyens de l’Aveyron le 20 décembre 2010. Le mouvement a été repris en Ardêche… Et puis tout à coup cette mobilisation a explosé. Il y avait des collectifs partout. Des réunions tous les soirs, qui rassemblaient jusqu’à 300 personnes même dans les bleds paumés. Les élus étaient complètement stupéfaits par ce qu’ils voyaient.

Le poids de cette mobilisation a réveillé les parlementaires. Le réveil le plus abrupt a été celui des élus de droite, qui se sont rendus compte que des permis avaient été délivrés et ont découvert ce que sont les gaz de schiste et la fracturation hydraulique (cette technique qui consiste à injecter de l’eau et des solvants sous haute pression dans la roche pour extraire le gaz de schiste est accusée d’être hautement polluante, ndlr).

Il y a alors eu des déclaration tonitruantes de ces députés, comme Christian Jacob, patron des députés UMP qui déclare en mars 2011: «Je souhaite clairement que le moratoire soit prolongé ad vitam aeternam». Des déclarations sur lesquelles il va revenir en partie, comme ses collègues, lors de la rédaction de la loi sur le gaz de schiste.

Est-ce à ce moment qu’entre en action le lobby des pétroliers ?

Passé le moment de stupeur, les députés ont été bien plus prudents. Ils ont reçu la visite d’industriels qui leur ont expliqué que les gaz de schiste représentaient l’avenir énergétique de ce pays. Ils ont eux-même commencé à croire que l’on pouvait peut-être faire de la fracturation hydraulique «propre» et qu’il ne fallait pas fermer la porte à cette énergie.

Pourquoi la loi votée en juin ne règle-t-elle rien selon vous ?

Cette loi stipule que l’usage de la fracturation hydraulique est interdite sur le territoire. Mais elle ne tranche pas, ne dit pas si oui ou non on veut du gaz de schiste. Elle se contente de donner une réponse technique à un problème de société.

Il a été décidé que les industriels ont jusqu’au 14 septembre pour rendre un rapport dans lequel ils doivent expliquer quelles techniques ils comptent mettre en œuvre pour exploiter leurs gisements. Mais ils avaient déjà dit qu’ils utiliseraient la fracturation hydraulique lors de la délivrance des permis ! Et l’exploration comme l’exploitation ne peuvent se faire que par cette technique. Vont-ils l’appeler autrement ? Abandonner d’eux-même? Ou refuser de répondre?

La loi est trop floue, il faut s’attendre à quantité de recours juridiques de la part des industriels visant à prendre ce texte en défaut. Le combat des anti-gaz de schiste n’est pas terminé.

(1) De hauts fonctionnaires issus de la prestigieuse école des Mines. Celle-ci recrute principalement les meilleurs élèves de chaque promotion de l’école Polytechnique. Les membres du Corps des Mines détiennent des postes clés dans les principales branches de l’énergie publique. Ils constituent un réseau extrêmement solidaire et influant sur les choix énergétique du pays.

«Le vrai scandale des gaz de schiste», par Marine Jobert, journaliste, et François Veillerette, Président du «Mouvement pour les droits et le respect des générations futures», aux éditions «Les liens qui libèrent».

Source : http://www.liberation.fr/terre/01012358700-gaz-de-schiste-le-corps-des-mines-est-la-fois-juge-et-partie

Voir aussi ; http://www.rue89.com/planete89/2011/09/02/le-livre-sur-les-gaz-de-schiste-qui-derange-le-demi-frere-balkany-220063

http://blogs.mediapart.fr/blog/jjmu/040911/le-vrai-scandale-du-gaz-de-schiste

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Une France sans nuage

Droit-médial.com

Écrit par Charles Duchemin   

Jeudi, 08 septembre 2011 06:35

nuage-radioactif.jpg


Les frontières naturelles ou politiques de notre territoire n’ont pas empêché les légions romaines, les Huns ou les Vikings de fouler nos verts pâturages. La ligne Maginot, elle-même, n’a pas réussi à repousser l’envahisseur teuton. Mais en 1986, un gouvernement a réussi à interdire l’entrée du territoire à un nuage radioactif venant de Tchernobyl ! Il aura suffi de quelques décisions dans les salons feutrés de la République pour que cette page de l’Histoire de la France soit écrite. Les salades, les champignons, le lait français n’ont pas été contaminés par les retombées, évitant aux forces vives de l’agriculture et du commerce nationales quelques mois sans profits. Des élus courageux ont su dire “non” à ce nuage sournois qui avait réussi à faire interdire la consommation de ces produits dans les pays voisins de l’Hexagone au nom de la santé publique. Il y a quelques siècles, ce phénomène aurait été qualifié de miracle et les décideurs sanctifiés, mais, de nos jours, il n’est question que de la gestion responsable d’un nuage de particules radioactives francophobes que les autorités ont menée avec brio…

Le grand public découvrait à peine Internet quand, le 26 avril 1986, le réacteur flambant neuf d’une centrale nucléaire ukrainienne partit en fumée. Pas de réseaux sociaux, pas d’accès à des sources d’information indépendantes, seuls les journaux télévisés de deux grandes chaînes de l’époque (le 19/20 de FR3 n’a commencé que le 6 mai 1986) et les grands quotidiens, habitués à taire grands et petits secrets d’État, étaient là pour apporter la bonne parole à une population naturellement inquiète. Les fidèles de la grand-messe du 20 heures ne pouvaient pas douter du professionnalisme de journalistes tels que Marie-France Cubadda ou Jean-Claude Bourret pour TF1, Bernard Rapp ou Claude Sérillon pour Antenne 2, sur les plateaux desquels les experts gouvernementaux se succédaient pour expliquer que tout allait bien.

Dans un pays dont les dirigeants successifs avaient fait le choix du nucléaire et souhaitaient vendre sa technologie, pas question de penser que cette énergie pouvait comporter des risques pour le territoire national. D’autant plus que la France n’était (et n’est toujours) pas un pays où l’on pouvait imaginer que des malfaçons touchent une centrale nucléaire, comme c’était le cas pour la centrale de Tchernobyl. Impossible aussi de croire qu’une série d’erreurs humaines puissent entraîner la destruction de toutes les coques de protection mises en place et que la santé de tout un chacun puisse être menacée à 2000 kilomètres du lieu d’une telle catastrophe alors que la centrale la plus proche de Paris ne s’en situe qu’à quelques dizaines de kilomètres. Tout cela ne pouvait arriver (n’arrive et n’arrivera) qu’aux autres. C’est ce que se sont sans doute dit, en toute bonne foi, les ministres de l’époque.

D’ailleurs, la cour d’appel de Paris vient de leur donner raison. C’est en toute logique qu’elle a prononcé un non-lieu, le 7 septembre 2011, dans la seule affaire dans laquelle ce fameux nuage faisait de l’ombre au seul responsable poursuivi : le professeur Pierre Pellerin, 88 ans, ancien responsable du service central de protection contre les rayons ionisants (SCPRI). Un homme courageux qui a dû se rendre au tribunal n’ayant pas la chance de pouvoir rester chez lui faute d’être atteint d’anosognosie, mieux conservé en cela que le premier ministre de l’époque, Jacques Chirac, à qui l’on reprochait d’avoir dit que les retombées radioactives épargnaient la France. Il n’est pas nécessaire de poursuivre une enquête qui n’aboutira à rien puisque les analyses scientifiques, en France, ne permettent pas d’établir un lien entre le passage du nuage radioactif et des maladies de la thyroïde, comme le soulignaient les recommandations du Parquet.
Face à une telle injustice, ne faut-il pas conseiller au professeur Pellerin de porter plainte à l’encontre de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) qui en 2006 a publié des cartes montrant les zones du territoire national les plus exposées aux retombées de césium 137 ? Ne faut-il pas encourager ce scientifique à traîner en justice l’endocrinologue corse qui a osé suggérer une augmentation du nombre de cas de pathologies de la thyroïde après 1986 sur l’île de Beauté, particulièrement touchée ? Tout comme les laboratoires Servier ont réussi à faire condamner l’éditeur du Docteur Irène Frachon pour la couverture du livre dans lequel elle dénonçait le scandale du Mediator, Pierre Pellerin pourrait sans doute obtenir justice…

Mais en attendant, il faut rendre hommage aux hommes et aux femmes qui géraient les affaires de la France à cette époque, car ils ont su faire preuve de sang-froid face à ce nuage s’échappant d’un brasier atomique. Il est important de citer quelques-uns de ses élus que l’on ne remercie pas assez souvent : François Mitterand, alors président de la République ; Jacques Chirac, premier ministre, comme cela a déjà été dit ; Michèle Barzach, ministre de la santé ; Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur et bien d’autres ministres ou secrétaires d’État, comme Alain Juppé, Michèle Alliot-Marie, Gérard Longuet, André Santini et tous les autres.

Il faut se réjouir que, dans cette affaire, il n’y ait aucun responsable et aucun coupable, juste des “présumées” victimes. Il est vrai qu’après l’affaire du sang contaminé et de ses « responsables, mais pas coupables », qui avait touché le gouvernement sortant (celui de Laurent Fabius, auquel appartenaient Georgina Dufoix et Edmond Hervé), une nouvelle mise en cause du pouvoir politique aurait été des plus malvenue. Elle n’aurait pas empêché les uns et les autres de poursuivre leur carrière au plus haut niveau, mais elle aurait pu entamer la confiance sans faille qu’ont les citoyens en leurs dirigeants.

Quelles leçons tirer de ce passé ?
Les accidents nucléaires ne peuvent survenir qu’à des milliers de kilomètres de la métropole, l’accident de Fukushima en est la preuve.
Les techniciens français, dont la compétence est reconnue dans le monde entier, sont à l’abri de toute erreur humaine.
Si les autorités japonaises ont été assez naïves pour croire d’une seule coque pouvait permettre de confiner un réacteur, les autorités françaises ne font pas la même erreur. Les centrales françaises sont à double coque et leurs systèmes de sécurité sont à toute épreuve. Les experts sont formels sur ce point, aussi sûrs d’eux que l’était le professeur Pellerin quand il parlait des retombées radioactives.
C’est uniquement grâce à l’efficacité du formidable système de santé français que le nombre de cancers de la thyroïde a augmenté après 1986. Pour les experts de l’Institut national de veille sanitaire (InVS), établissement public placé sous la tutelle du ministère chargé de la santé qui a conseillé le gouvernement au moment de la grippe H1N1, c’est l’évolution des pratiques médicales qui a permis un meilleur dépistage de cette pathologie à l’origine de cette augmentation.
La justice française est des mieux armée et totalement indépendante pour gérer les affaires qui touchent à la santé publique, surtout lorsqu’elles s’accompagnent d’un volet politique.
Il n’y a pas eu de victimes de la catastrophe de Tchernobyl dans l’Hexagone grâce à des décisions gouvernementales, aussi discrètes que courageuses.

Douce France..

SOURCE : http://droit-medical.com/actualites/27-humeur/959-france-sans-nuage


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Tchernobyl, Fukushima… On ne peut plus se fier à l’Etat

Accueil  Par Michèle Rivasi | Députée européenne | 08/09/2011 | 17H30

La centrale de Tchernobyl et son sarcophage, le 24 février 2011 (Gleb Garanich/Reuters).

C’est officiellement la fin du long épilogue entourant le fameux nuage radioactif de Tchernobyl en France. Enfin, du moins, la fin que l’Etat souhaiterait nous faire accepter comme vérité historique. Après dix ans de lutte judiciaire, c’est la désillusion de troppour l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT) et la Criirad. Les associations se pourvoiront en cassation, et, en dernier recours, nous ne pourrons que saisir la Cour européenne des droits de l’homme.

Alors que le procès du professeur Pierre Pellerin (seul responsable désigné de ce célèbre mensonge d’Etat) finit par un non-lieu, il convient de s’intéresser de près à cet évènement majeur disculpant l’énergie nucléaire et les méfaits de la radioactivité, pourtant bien connus. Ce procès devait faire date, mais l’Histoire ne retiendra qu’une chose : là où s’implante le nucléaire, la démocratie s’efface.

Une réaction française bien différente de celles de nos voisins

Si j’ai créé la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), c’est bien parce que j’ai pu constater – en tant que scientifique – que les retombées radioactives étaient bien plus lourdes que ne l’avançait l’Etat français, et dépassaient les normes fixées par l’Union européenne.

En Europe, la France a fait figure d’exception, sûrement parce qu’en avril 1986, 23 réacteurs nucléaires étaient en construction, ou en projet de construction.

Alors que nos voisins ont interdit la consommation d’aliments contaminés aux populations les plus vulnérables, alors que le mois d’avril connaissait une météo propice à la fixation des retombées radioactives (bruines et brouillards), alors que la production laitière battait son plein…

L’Etat français n’a rien fait pour protéger les premières victimes de ce mensonge : les enfants en bas âge. Si ceux-ci n’avaient pas consommé d’aliments contaminés et avaient été confinés chez eux, ils seraient aujourd’hui en parfaite santé.

Simulacre de procès, influence de l’oligarchie nucléaire

En 2006, pourtant, une étude épidémiologique de l’Institut national de veille sanitaire (INVS) aurait dû tous nous rassurer. Mais quand on s’intéresse de près à ce document, avec un œil d’expert, on remarque que la méthode employée n’est pas valide : l’espace de temps utilisé par l’étude est trop court et le questionnaire employé insignifiant.

En réponse à cette étude déclarée officielle, et dans le cadre du procès Pellerin, la juge Bertella-Geoffroy a mandaté les professeurs Pierre-Marie Bras et Gilbert Mouthon afin de vérifier si l’on pouvait démontrer un lien de cause à effet entre le nuage radioactif et l’augmentation des troubles thyroïdiens.

Cette étude a pu s’effectuer grâce au travail réalisé par le premier et seul endocrinologue installé en Corse (le docteur Fauconnier, que la France entière devrait saluer), qui a permis de comparer les troubles avant et après le 24 avril 1986. Sur un échantillonnage de 2096 dossiers, ce rapport, révélé en août dernier a démontré une hausse de 44% à 100% des troubles thyroïdiens après le passage du nuage radioactif.

La Corse va lancer une vraie étude épidémiologique

Mais voilà, la cour d’assises ne s’est que contentée de suivre les recommandations du ministère public, qui estimait en mars dernier que les scientifiques n’avaient mis en évidence aucune conséquence sanitaire mesurable. Selon une source proche du dossier, le rapport d’août dernier n’a été ni étudié, ni pris en considération par le magistrat qui a rendu la décision de mercredi.

Rien de bien étonnant, puisque la juge Bertella-Geoffroy avait été dessaisie de son travail sur Tchernobyl quatre jours après la catastrophe de Fukushima et quinze jours avant le renvoi du procès de mercredi. Inquiétant. La population corse rejette ces conclusions, et l’Assemblée territoriale corse s’apprête à débloquer le mois prochain 400 000 euros pour lancer un appel d’offre afin de réaliser une véritable étude épidémiologique.

Au Japon, mères inquiètes, médecins écœurés

L’Etat japonais est allé loin dans le cynisme pour éviter l’affolement de la population : les pastilles d’iodure de potassium qui évitent la fixation d’iode radioactif sur la thyroïde n’ont pas été distribuées automatiquement à tous ceux qui auraient dû en prendre.

Face à des autorités empêtrées dans des déclarations douteuses et minimisant l’impact réel des retombées de Fukushima, des mères inquiètes, des médecins écœurés par la désinformation et de jeunes militants s’engagent pour contrer la fatalité qui leur est imposée.

Tout comme dans le cas français, l’Etat n’a pas souhaité indemniser les agriculteurs afin de les dissuader de revendre leur production contaminée. La radioactivité se retrouve ainsi dans la chaîne alimentaire, sans qu’aucun contrôle sérieux ne soit effectué.

Des bénévoles japonais en formation en France

Avec le soutien technique de la Criirad (qui a notamment effectué un don de matériel à hauteur de 10 000 euros), une équipe de bénévole japonais est venu suivre une formation de quatre jours en France, afin d’être formés dans le domaine destechniques de mesure de contamination et de radioprotection. En effet, les autorités japonaises ont effectué une évacuation forcée dans un périmètre trop restreint et n’offrent aucune possibilité de relogement à ceux qui vivent dans des zones pourtant bien contaminées.

Regroupés au sein du CRMS (Citizen’s Radioactivity Measuring Station) les militants du « Projet 47 » (du nom des 47 préfectures japonaises) et le Réseau citoyen pour sauver les enfants de Fukushima cherchent à collecter des fonds pour acheter du matériel de détection. Leur but principal est de minimiser l’exposition des habitants de la préfecture de Fukushima jusqu’à leur évacuation des zones contaminées en avril prochain (début de l’année fiscale et scolaire au Japon).

Encore une fois, le cynisme des autorités empêchera de parvenir à la création d’une véritable étude épidémiologique, à partir de laquelle nous pourrions tirer des enseignements primordiaux en cas de nouvelle catastrophe nucléaire. L’Histoire se répète…

Photo : la centrale de Tchernobyl et son sarcophage, le 24 février 2011 (Gleb Garanich/Reuters).

SOURCE : http://www.rue89.com/michele-rivasi/2011/09/08/tchernobyl-fukushima-on-ne-peut-plus-se-fier-a-letat-221160

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De retour de Fukushima, où le silence et les mensonges tuent

Accueil   Par Corinne Lepage | Présidente de Cap21 | 02/09/2011 | 19H10

Fleurs de cerisier à Tokyo (David Lee/Picasa)

Depuis plusieurs semaines déjà, la catastrophe de Fukushima ne fait plus la une de l’actualité. Pour l’immense majorité de nos concitoyens, la question est réglée et il va quasi de soi que Tepco, et Areva pour ce qui est du traitement des eaux polluées, maîtrisent parfaitement la situation.

Les personnes qui devaient être évacuées l’ont été, le taux de radioactivité baisse et le Japon, vu de France, est prêt à faire redémarrer des centrales. Du reste, régulièrement, la presse, informée par les soins du lobby nucléaire français, indique que telle ou telle centrale va redémarrer.

Cela est dramatiquement et tragiquement faux.

Des millions de mètres cube d’eau contaminée

Tout d’abord, les autorités japonaises – j’ai rencontré le secrétaire d’Etat à l’Environnement, le vice-ministre de l’Environnement et le vice-gouverneur de Fukushima – reconnaissent que la catastrophe est en cours et que rien n’est réglé.Les informations sont très rares.

Les autorités admettent que trois cœurs nucléaires ont fondu et que les cuves ont été transpercées. Cependant, ils ignorent ce qu’il se passe aujourd’hui, en particulier ce point vital de savoir si le radié a été percé par le corium ou non, ce qui signifierait, bien entendu, la pollution irréversible de la nappe phréatique.

Concernant le traitement de l’eau, Greenpeace considère qu’il vient à peine de débuter. Les autorités reconnaissent l’entassement de boues radioactives dont évidemment personne ne veut parler mais aussi les millions de mètres cube d’eau contaminée.

Les dosimètres encore bloqués à l’aéroport

En second lieu, et c’est tout aussi préoccupant, la situation des familles qui vivent dans la région de Fukushima est, au sens propre du terme, véritablement tragique. J’ai passé près de deux heures avec l’association, qui regroupe plusieurs centaines de familles et qui est animée par des femmes déterminées et révoltées.

On peut les comprendre. Ce qui leur est arrivé rappelle de très près ce que nous avons vécu avec Tchernobyl et la manière dont les choses se mettent en place nous renvoie au spectre du passé.

Tout d’abord, et même si on peut comprendre que, vivant en même temps un tremblement de terre et un tsunami, la situation était passablement désorganisée, l’organisation météorologique japonaise était tout de même dans l’incapacité suspecte de fournir les cartes des vents au moment de la catastrophe de Fukushima. Les populations n’avaient aucune idée d’où venaient les vents.

Aucune instruction ne leur a été donnée, aucune pastille d’iode ne leur a été distribuée. Il a fallu attendre plus d’un mois pour qu’elles puissent disposer d’une information publique sur le niveau de contamination et aujourd’hui, ce sont 40 000 dosimètres qui restent bloqués par décision politique à l’aéroport de Tokyo. Les familles ne savent donc pas quel est le niveau de la radioactivité dans laquelle elles vivent.

Les mères inquiètes pour leurs enfants

Sur le plan de l’alimentation, des prélèvements sont faits mais leurs résultats sont donnés bien après que les aliments ont été mis sur le marché et consommés. L’essentiel pour ces mères est, bien entendu, la situation de leurs enfants.

Voyage de Corinne Lepage au Japon

Au Japon, comme partout dans les pays membres de l’AIEA, le niveau admissible pour les populations est de 1 millisievert par an. Il est de 20 millisieverts pour les travailleurs du nucléaire. Aujourd’hui, dans les zones où vivent ces gens, dans la préfecture de Fukushima, le niveau est largement supérieur avec 5 millisieverts, jusque parfois 20 millisieverts.

Ces femmes exigent pour leurs enfants comme pour elles-mêmes le droit de vivre dans un environnement à 1 millisievert. Le problème est que personne n’a les moyens de répondre positivement à leurs questions.

Il faut envisager une évacuation plus large

Deux solutions sont envisageables : soit la décontamination – et on en parle beaucoup au Japon – soit l’évacuation. Il semblerait que quelques cours de récréation aient fait l’objet d’une décontamination, qui consiste à retirer 50 à 60 cm de terre, dont on ne sait du reste pas où on va la stocker.

Cela permet de réduire le niveau de la pollution. C’est peut-être possible au niveau local avec des résultats qu’il conviendrait de vérifier. C’est évidemment impossible à l’échelle d’une préfecture entière.

De ce fait, c’est bien la deuxième solution qu’il faut envisager. Elle consiste bien évidemment à permettre aux gens qui le veulent de partir. Mais pour qu’ils puissent s’en aller, encore faut-il leur permettre d’aller vivre ailleurs.

La vérité de la situation, et c’est là tout son aspect tragique, c’est que les autorités japonaises font ce qu’elles peuvent dans une certaine mesure. Toutefois, puisque l’information est confisquée, les moyens donnés aux gens pour connaître la réalité de la situation leur sont refusés.

Les agriculteurs pas indemnisés

Du point de vue du changement et des décisions techniques à prendre, le monde agricole n’est pas en reste et devient lui aussi victime de la défaillance des autorités.

La préfecture de Fukushima promeut les produits agricoles de la région de Fukushima et se plaint des mauvaises rumeurs qui les concernent. Il m’a été fait cadeau d’un magnifique cageot de pêches. La vérité est, bien entendu, que l’immense majorité des produits de cette zone ne devrait pas être consommée mais pour qu’ils ne le soient pas, encore faut-il que les agriculteurs qui les produisent puissent être indemnisés et gagner leur vie. Or, tel n’est pas le cas.

Cette situation absolument tragique à laquelle est exposée le Japon s’exprimerait ainsi pour tout pays industrialisé, les mêmes risques produisant probablement les mêmes effets. C’est précisément la raison pour laquelle la chape du silence s’est mise sur le Japon.

Corinne Lepage au Japon

Les médecins montent des réseaux parallèles

Les médecins n’ont plus le droit de parler et n’osent plus parler. Il semblerait qu’un réseau de pédiatres essaye de se mettre en place, que certains médecins, notamment dans les zones rurales, essayent d’organiser la population de manière à ce qu’elle se protège le mieux possible et qu’un suivi médical puisse être mis sur pied.

Mais tout ceci se fait par une voie citoyenne, par une voie parallèle, j’allais dire occulte, car de manière tout à fait évidente. Les autorités nucléaires ont décidé qu’il n’y aurait pas de connaissances fines et précises des effets épidémiologiques de cette catastrophe.

C’est contre ce mur de silence qu’il convient que, nous tous, nous nous révoltions car il s’agit d’enfants et les enfants de Fukushima pourraient être enfants de Fessenheim, du Bugey ou du Blayet. C’est notre responsabilité de parler, d’agir et d’aider les associations qui se battent avec les plus grandes difficultés sur place.

Chut, le Japon va sortir du nucléaire

En revanche, les autorités japonaises, qui mesurent très probablement leurs limites, même si elles ne peuvent pas l’exprimer, semblent avoir pris une vraie décision : celle de sortir du nucléaire.

En effet, il faut savoir, et cette information est soigneusement cachée en France pour des raisons que chacun peut comprendre, que le Japon a réduit de 28% sa consommation électrique depuis Fukushima et près de 40% dans la région de Tokyo. Il n’y a plus aujourd’hui que 14 réacteurs qui sont en activité sur 57.

Cette réduction massive a été obtenue par un éventail de mesures : par exemple, l’extinction des lumières dans les ministères pendant la journée, l’absence de climatisation (malgré les 38 degrés qu’il faisait à Kyoto voici quelques jours), l’extinction des grandes publicités dans Tokyo le soir ou une organisation différente du système de production industrielle qui travaille en roulement et qui a ainsi permis d’obtenir ce résultat remarquable.

Aussi, quand nous, Européens, nous demandons si nous arriverons à faire moins 20% d’ici 2020, il y a beaucoup à apprendre de nos amis japonais. Le nouveau Premier ministre l’a affirmé lors de sa campagne électorale : le Japon est décidé à ne plus construire de nouvelles centrales nucléaires, ce qui veut dire qu’il va sortir du nucléaire.

Quand ? Cela dépend, bien sûr, des stress-tests qui seront réalisés et de la réouverture ou non des centrales nucléaires fermées aujourd’hui en raison de la maintenance d’ici mars 2012.

Photos : instruments de mesure de la radioactivité ; Corinne Lepage avec les femmes de Fukushima (François Damerval) ; fleurs de cerisier à Tokyo (David Lee/Picasa).

Source : http://www.rue89.com/corinne-lepage/2011/09/02/de-retour-de-fukushima-ou-le-silence-et-les-mensonges-tuent-220331

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Tokyo doit être évacuée !

AgoraVox le média citoyen  

L’impensable est devant nous : on ne peut plus vivre à Tokyo, la radioactivité y est trop forte. Ce terrible constat ne doit pas nous porter au désespoir. Tout au contraire, c’est l’occasion de faire sens de notre destin et de l’assumer.

Alors même qu’il se trouve encore des zozos comme Régis Debray pour nous chanter « Tout va bien Madame la Marquise » et ne retenir de Fukushima que la seule nécessité de ne pas construire de centrales nucléaires sur des failles sismiques, les rudes leçons de cette catastrophe nous sont livrées jours après jour sur un site de l’association militante Next-Up principalement engagée dans la lutte contre l’exposition criminelle du grand public aux champs électromagnétiques.
 
La dernière information communiquée est consternante : le niveau de radioactivité mesurable au sol est supérieur à 6 microsieverts par heure (6 µSv/h) ce qui donne 52 millisieverts par an (52 mSv/an) soit pas loin du triple de la dose maximale admissible pour les travailleurs du nucléaire et 52 fois (sic) la dose admissible pour le grand public selon les normes internationales étant donné que celles-ci se situent à 1 millisievert par an.
 
La conclusion tombe logiquement : il faut évacuer Tokyo.
 
La conclusion de la conclusion c’est que l’exposition de la population mondiale aux mensonges gouvernementaux et médiatiques va certainement atteindre des niveaux critiques, probablement jamais vus mais qui, malheureusement, ne vont pas étouffer les porte-paroles et leurs suppôts journalistiques.
 
Il faut savoir en effet que les mesures officielles ne sont pas réalisées au sol comme le font les dizaines de milliers de Tokyoïtes  disposant d’un compteur Geiger mais à 18 mètres de haut (selon la vidéo de Next-Up à 01:00), ce qui permet de diviser par 100 le degré d’exposition puisqu’on ne mesure plus alors que 0.06 µSv/h. Le problème est que les Tokyoïtes ne lévitent pas à 18 mètres de haut. Ils se déplacent avec les pieds au sol, là où l’exposition est cent fois plus élevée.
 
Le catastrophiste sain d’esprit et respecté qu’est Jean-Pierre Dupuy indiquait récemment sur France Culture [1] que le désastre de Fukushima avait changé la donne concernant le calcul des probabilités d’un accident nucléaire majeur. Tout à coup, le savant télescopage des grands nombres et de l’infiniment petit qui permettait d’annoncer un risque négligeable est ramené à une catastrophe majeure tous les trente ans, ce qui, bien sûr, est difficilement acceptable.
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Etudes bidon, conflits d’intérêts : l’aspartame dans de sales draps

Accueil   Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 27/06/2011 | 19H05

Où sont les études qui ont autorisé l’aspartame ? Trente ans après sa mise sur le marché, leur absence embarrasse l’Europe.

Une cannette de Coca light écrasé (Goupil/Flickr/CC).

Lorsque la Food and Drug Administration (FDA) américaine a homologué l’aspartame (E951), elle a fixé une dose journalière admissible (la DJA) de 40 mg par kilo de poids corporel par jour. Comprendre que jusqu’à cette dose, correspondant à une trentaine de cannettes (33 cl) de Coca light pour un adulte de 60 kilos, le produit est inoffensif.

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a emboîté le pas à son homologue américaine, et la France a logiquement suivi. Problème : « Cette dose a été fixée au petit bonheur la chance », conclut le député Gérard Bapt, qui a déjà obtenu l’interdiction des biberons au bisphénol A en Europe.

L’enquête de Marie-Monique Robin « Notre poison quotidien » avait commencé à lever le voile sur cette affaire troublante. L’édulcorant le plus utilisé au monde, inventé par la firme Searle dont le patron était alors Donald Rumsfeld [que l’on retrouvera par la suite à diriger la guerre en Irak au côté de George Bush…], a été homologué peu après l’arrivée au pouvoir de son ami Ronald Reagan.

« Une décision purement politique », tranche la journaliste. Marie-Monique Robin a retrouvé la littérature scientifique juste avant l’autorisation :

« Tous les toxicologues de la FDA concluaient que ce produit était potentiellement cancérigène. Et par enchantement, après l’élection de Reagan, l’aspartame a été autorisé. Mais les études étaient toujours aussi contestables. »

Le dossier est introuvable

De nombreuses études publiées depuis tendent à prouver que la dose journalière admissible ne protège pas la santé des consommateurs, et fait courir aux femmes enceintes des risques d’accouchement prématuré. A chaque fois, leurs conclusions sont jugées pas assez scientifiques aux yeux des autorités sanitaires françaises et européennes.

Malin, le Réseau environnement santé a du coup décidé de demander à celles-ci de prouver, a contrario, que les études initiales étaient bien scientifiques. C’est là que le bât blesse. Laurent Chevallier, médecin et lanceur d’alerte, a demandé à Hugues Kenigswald, le chef de l’unité additifs alimentaires de l’Efsa, sur quoi se basait son autorisation. La réponse vaut son pesant de cacahuètes :

« L’Efsa ne dispose pas du dossier de demande d’autorisation de l’aspartame qui devait contenir ces études. Par ailleurs, les contacts que nous avons eus avec nos collègues de la Commission européenne semblent indiquer que la Commission ne dispose plus de ce dossier. Vous pouvez toutefois contacter monsieur Michael Flüh, chef de l’unité en charge des additifs alimentaires. »

Après plusieurs semaines, ce dernier n’a toujours pas retrouvé les études. L’eurodéputée Corinne Lepage, chantre du principe de précaution, s’insurge :

« L’Efsa n’a jamais eu les études sur lesquelles sont fondées son autorisation ou en tout cas ne les a jamais lues. Dès lors, comment oser rejeter les nouvelles études ? S’il faut avoir toutes les preuves que ce produit est nocif pour l’interdire, ce n’est plus de la précaution ! »

« Ils ne sont pas très à l’aise »

L’élue a réussi à faire voter en commission au Parlement de Strasbourg une disposition mettant en garde les femmes enceintes. Las, la mesure qui doit être adoptée définitivement dans le cadre de la directive sur l’étiquetage « sera retoquée en plénière », assure Corinne Lepage. Lobbies obligent…

En effet, quand on cherche à comprendre pourquoi l’agence européenne est si frileuse sur ce dossier, on découvre les liens douteux qu’entretiennent ses experts avec l’industrie.

Sur les vingt experts de la commission additifs alimentaires de l’Efsa, ils sont onze à avoir des conflits d’intérêts, dont un Français travaillant pour l’ANSES, révèle une enquête du Corporate Europe Observatory, une ONG spécialisée dans la lutte contre les lobbies. Certains experts ont ainsi « oublié » de déclarer qu’ils étaient aussi consultants pour Coca Cola… Corinne Lepage remarque :

« Ils ne sont pas très à l’aise à l’Efsa et à la direction générale santé et consommateurs de la Commission. Ils sentent que les mailles du filet se resserrent. »

Pour éviter qu’un scandale à la Mediator ne la frappe, l’agence européenne a décidé d’avancer à 2012 (au lieu de 2020) la réévaluation scientifique des données sur l’aspartame. Et l’agence française vient de lancer la réévaluation des bénéfices et des risques nutritionnels des édulcorants intenses, dont l’aspartame.

Quelle chance y a-t-il que cette fois, leur analyse soit objective ? Pour Marie-Monique Robin :

« Les autorités cherchent à gagner du temps. Quand la stévia aura remplacé l’aspartame, la question gênera moins les industriels. »

Avec Colette Roos, dont vous pouvez réécouter la chronique jusqu’au 1er juillet sur le site de l’émission Service Public de France Inter.

Photo : une cannette de Coca light écrasé (Goupil/Flickr/CC).

SOURCE : http://www.rue89.com/dessous-assiette/2011/06/27/etudes-bidon-conflits-dinterets-laspartame-dans-de-sales-draps-211122

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– Édition Spéciale Référendum : "A une écrasante majorité l’Italie plébiscite par vote sa sortie du nucléaire"

Next-up

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A une écrasante majorité l’Italie vote sa sortie du nucléaire. 
CARTORADIATIONS 13 06 2011
C’est par un plébiscite (≥ 90 %) que les Italiens ont décidé par référendum de sortir du nucléaire !.
Ce dimanche soir à la clôture du premier jour de scrutin, le taux de participation au référendum incluant la sortie de l’Italie du nucléaire a battu tous les records des précédents référendums en s’établissant à 41,1 % selon le Ministère de l’Intérieur, ce taux était très encourageant.
Ce lundi à la fermeture de bureaux de vote, les projections du taux final de participation s’établirait à plus de 57 %, ce qui signifierait que le quorum de 50 % étant largement atteint, la levée de cet obstacle permettrait de valider les résultats du référendum, ceci sans attendre la comptabilisation du vote des résidents Italiens à l’étranger.
Silvio Berlusconi avait déclaré : “Je pense que je n’irai pas voter: c’est le droit des citoyens de participer ou non à un référendum.” Cette invitation indirecte à l’abstention ne doit rien au hasard, c’était la dernière carte possible pour que le Cavaliere ne subisse une cuisante défaite, le quorum du référendum étant atteint, il vient donc d’échouer dans cette ultime stratégie de basse politique. Dans cette démarche sans précédent et totalement contraire au devoir institutionnel Silvio Berlusconi était soutenu par plus de la moitié des membres de son gouvernement qui avaient déclaré qu’ils déserteront les urnes.
L’enjeu essentiel de ce référendum concernait le retour de l’Italie à l’énergie nucléaire, le résultat sera selon les sondages un vote massif à plus de 94 % et définitif des citoyens contre la réintroduction de l’énergie du nucléaire en Italie, ou plus simplement à terme la fin de l’énergie nucléaire en Italie, donc sa sortie du nucléaire, au même titre que l’Allemagne et la Suisse.

Voir la suite sur le site de Next-up.

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Fukushima : Midi-Pyrénées, une des régions les plus touchées

   PUBLIÉ LE 26/05/2011 08:24 – MODIFIÉ LE 26/05/2011 À 11:13 | PHILIPPE RIOUX

Fukushima comme Tchernobyl

Fukushima comme Tchernobyl

L’arrivée sur l’Europe d’un nuage radioactif après l’accident survenu à la centrale nucléaire japonaise de Fukushima, avait conduit le gouvernement à assurer que les leçons de Tchernobyl – le fameux nuage s’arrêtant prétendument à nos frontières – avaient été tirées. Cette fois-ci, c’est en toute transparence que les Français connaîtraient la réalité des retombées radioactives. Jusqu’à hier, ce scénario n’avait souffert d’aucune faille. Las ! La Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) a jeté ce mercredi un pavé dans la marre en demandant au Premier ministre d’ouvrir une enquête indépendante sur de « graves dysfonctionnements » concernant l’évaluation des retombées radioactives.

« Nous publions une carte qui prouve que la France a été contaminée dès le 22 mars, soit deux jours avant la date indiquée par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Cette contamination n’a pas concerné seulement le sommet du Puy-de-Dôme mais les trois quarts de la France et plus particulièrement le Sud-Ouest », expliquait hier à La Dépêche, Corinne Castanier, directrice de la Criirad.

« Cela paraît invraisemblable que ces mesures importantes n’aient pas été communiquées en temps et en heure ; tout comme cela paraît invraisemblable qu’il y ait eu une erreur de la part d’experts de l’IRSN.

Selon nous, l’IRSN était tellement obnubilé par ses modélisations mathématiques qu’il a tout misé dessus pour démontrer coûte que coûte que ses prévisions d’une arrivée du nuage le 24 mars étaient bonnes. Lorsque les mesures du 22 lui sont parvenues, l’IRSN n’a pas dit qu’il s’était trompé de 48 heures. Mentir pour protéger une réputation et une modélisation au détriment de l’information du public, c’est très grave. Il y a une dimension de scandale. Que se passera-t-il lorsqu’il y aura un grave incident nucléaire en France ? », s’interroge Corinne Castanier, qui estime que, même si l’impact sanitaire de la radioactivité mesurée reste limité, les populations sensibles (femmes enceintes, enfants) auraient pu recevoir plus tôt les recommandations d’usage sur la consommation de produits laitiers ou de légumes.

Contacté par nos soins, le cabinet de la ministre de l’Écologie n’avait pas réagi hier soir au courrier de la Criirad.

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Source :  http://www.ladepeche.fr/article/2011/05/26/1090779-fukushima-notre-region-plus-touchee.html

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Amiante : 400 à 500 tonnes de déchets en plein air au cœur de Saint-Alban

   PUBLIÉ LE 28/05/2011 10:19 | PHILIPPE EMERY

Les déchets amiantés au cœur de la zone d'activités, à deux pas du Géant Fenouillet./Photo DDM, N. Saint-Affre

Les déchets amiantés au cœur de la zone d’activités, à deux pas du Géant Fenouillet./Photo DDM, N. Saint-Affre

Le dépôt de déchets amiantés, présente un « danger grave et imminent », selon le médecin et l’inspection du travail. 5 employés de Gerlero refusent d’y travailler depuis jeudi.

Le dépôt est invisible depuis la RN 20 et l’hypermarché Géant-Fenouillet tout proches. Au cœur d’une discrète zone industrielle de Saint-Alban, on pénètre dans l’entreprise de démolition Gerlero et Fils par la rue de Fenouillet, que bordent une crèche, désaffectée depuis quelques semaines, et plusieurs maisons. Derrière les bureaux, à deux pas des réserves de deux grandes surfaces, où travaillent chaque jour de nombreux employés, « entre 400 et 500 tonnes de déchets amiantés (sont) stockées à l’air libre dans un état de dégradation avancée », selon la société de certification Qualibat.

« Big bag (gros sacs de chantier) éventrés, feuilles de polyane déchirées, stockage de plaques de fibrociment en plein air… Il existe un réel danger grave et imminent pour vos salariés (et) pour les riverains et commerces tout autour en fonction des vents dominants (autan et vent d’ouest) », écrivait le médecin du travail à Gerlero, le 21 février dernier.

Le 28 février, deux contrôleurs du ministère du Travail inspectaient le site : « Deux salariés effectuaient des travaux de reconditionnement de matériaux fortement dégradés

[…] contenant de l’amiante friable[…] les deux employés n’étaient pas habilités pour ce type de travaux et étaient équipés de protections individuelles non appropriées ». Des déchets étaient « entreposés pour certains depuis des années » sur ce terrain, sans les autorisations requises, relevaient aussi les contrôleurs qui ordonnaient l’arrêt immédiat des travaux de stockage, l’interdiction d’accès à la zone et le transport immédiat dans des emballages appropriés vers des déchetteries spécialisées. Rien n’a été fait depuis et, ce jeudi, cinq des 14 employés de Gerlero ont fait jouer leur droit de retrait et cessé le travail, informait hier le syndicat local Construction de la CGT, qui a distribué un tract dans la commune dès jeudi. Gerlero, dont la direction a refusé de s’exprimer hier, aurait des difficultés financières depuis 2008. La société devait être cédée, avec son personnel, en début d’année, mais le repreneur s’est désisté au dernier moment. « C’est un scandale industriel », s’est insurgé Cédric Vergé, leader de l’opposition municipale de Saint-Alban, tandis que le maire, Raymond-Roger Stramare, dont les services ont été alertés par une plainte du voisinage dès septembre 2010, faisait savoir que le dossier était traité par les services de l’État.
Des enfouissements sauvages ?
Gerlero se serait laissé aller à des pratiques douteuses, selon un de ses employés. Xavier, actuellement en arrêt maladie, précise : « Non habilité à travailler sur l’amiante, j’ai été forcé de participer à certains chantiers de désamiantage. Je me souviens de celui de Rouleau Guichard, route d’Espagne près d’AZF. Pour aller plus vite, on nous a ordonné d’enfouir des déchets sur place et alentour dans des fosses qu’on a sommairement recouvertes. Sur d’autres chantiers en région, on a jeté des déchets dans des lacs. Les clients, pas informés, étaient facturés comme si on avait travaillé normalement ». La CGT envisage de porter plainte au pénal.

Source : http://www.ladepeche.fr/article/2011/05/28/1093220-amiante-400-a-500-tonnes-de-dechets-en-plein-air-au-c-ur-de-saint-alban.html

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Mediator: comment on décourage les victimes de porter plainte

Marianne2      Clotilde Cadu et Jean-Claude Jaillette – Marianne | Dimanche 17 Avril 2011 à 12:01 | Lu 6754 fois.

Les victimes du Mediator se heurtent de plus en plus souvent au mutisme de leurs médecins, réticents à leur communiquer leur dossier médical.

(capture d'écran Dailymotion - BFMTV - cc)

(capture d’écran Dailymotion – BFMTV – cc)

Elle voulait porter plainte contre le laboratoire Servier. Simplement demander réparation au fabricant du Mediator et de l’Isoméride, médicaments qu’elle a consommé pendant des années. Elle s’était dit que son médecin, celui qui lui avait prescrit les pilules aujourd’hui maudites, allait l’aider à reconstituer son dossier médical. Au lieu de lui fournir les ordonnances qu’il lui avait rédigées, son toubib l’a sèchement réprimandée, lui expliquant que Servier se retournerait contre elle pour lui demander des dommages et intérêts, et qu’il lui faudrait vendre sa maison pour les payer… Du coup, Annie*, découragée, a préféré laisser tomber. Et ils sont nombreux les patients qui comme Annie se heurtent à une fin de non-recevoir de la part de leur toubib.

Craignant sans nul doute d’être tenus pour responsables dans ce scandale sanitaire, les médecins se couvrent. Semblent frappés d’amnésie dès qu’il s’agit du Mediator. « C’est toujours très compliqué d’avoir les dossiers médicaux », se désole Christine Ravaz, avocate de victimes du Mediator. « On sent qu’ils ont peur que l’Office nationale d’indemnisation des accidents médicaux (ONIAM, qui devrait indemniser les victimes avant de se faire rembourser par le ou les responsables du drame, nldr) se retournent contre eux ». Les services du ministère de la Santé ont reçu plusieurs signalements similaires et ont fini par saisir par un courrier du 3 février la Caisse nationale d’assurance maladie, le Conseil de l’Ordre des pharmaciens ainsi que les organisations syndicales de médecins « afin qu’ils sensibilisent fortement les agents, pharmaciens ou médecins concernés à la nécessité de communiquer toutes les informations aux personnes qui viendraient les consulter au sujet de leur prise passée de produits contenant du benfluorex », la substance active du Mediator.

Et Dieu sait qu’il y a du boulot en la matière ! « Dès que j’ai eu connaissance du scandale du Mediator par la télévision, j’ai consulté mon médecin traitant pour lui faire connaître que j’avais pris ce médicament. Sa réponse a été “ça, on oublie” », raconte une victime. A une autre, on refuse un contrôle cardio-vasculaire ou hépatique « car Mediator n’est qu’une vaste intoxication médiatique ». « Je suis quand même déçu de notre médecin traitant qui ne veut rien entendre depuis novembre 2010 et qui fait la politique de l’autruche », écrit un patient au docteur Irène Frachon, la pneumologue qui a lancé l’alerte sur le Mediator. « Je lui ai fait part du traitement que j’ai suivi durant 9 ans, Mediator, mais il n’a pas voulu en tenir compte, en disant qu’il ne fallait pas rendre ce médicament responsable de tout ».

Reste que cette stratégie de non-communication semble faire les affaires du laboratoire. Car sans document, pas d’expertise. Et sans expertise, pas d’indemnisation… A moins d’une semaine d’une expertise judiciaire, l’avocate de Servier a ainsi demandé le report de l’examen au motif qu’ « aucune pièce ne nous a été communiquée à ce jour »… « On a arrêté de chercher les responsabilités dans cette affaire. Qui est responsable de quelle partie ? On ne sait pas. Et déjà on se tourne vers le petit bouc émissaire, le prescripteur », explique Claude Leicher, président du syndicat MG France, refusant que la profession endosse toute la responsabilité. Qui devra au final payer ? L’ONIAM aura la lourde tâche de le déterminer. Reste qu’en attendant, ce sont bel et bien les victimes qui trinquent. 

* le prénom a été changé

Source :  http://www.marianne2.fr/Mediator-comment-on-decourage-les-victimes-de-porter-plainte_a205041.html

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Assises du médicament Les portes claquent

logo que choisir en ligne   18 mars 2011

L’association pour une formation des médecins indépendante des laboratoires, le Formindep, vient de claquer la porte des Assises du médicament, ces rencontres suscitées par la crise du Mediator, en dénonçant une « mascarade ».

Les Assises du médicament ont été lancées par le ministre en charge de la Santé, Xavier Bertrand, suite au rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) sur le Mediator. Rendu public le 15 janvier, ce rapport dénonçait de graves dysfonctionnements dans la chaîne d’autorisation et de diffusion des médicaments, chaîne dont les Assises sont censées esquisser une réforme.

Selon l’association pour une formation des médecins indépendante des laboratoires (Formindep), on n’en prend pas du tout le chemin. Elle a d’ailleurs annoncé son départ le 15 mars. Elle évoque « une mascarade chargée d’étouffer dans un pseudo-consensus le drame du Mediator », et considère que « nulle part la remise en question de la mono-expertise sanitaire actuelle, bonne à tout faire du lobby pharmaceutique, n’est inscrite ne serait-ce qu’en filigrane dans le programme de travail ».

Le Dr Dominique Dupagne, animateur du blog www.atoute.org, a également claqué la porte des Assises, pour les mêmes raisons. Le Dr Irène Frachon, dont le livre a porté sur la place publique le scandale du Mediator, a également manifesté des réserves quant au déroulé des débats.

Un des incidents qui ont provoqué le départ du Formindep est lié à l’enregistrement audio et vidéo des séances des six groupes de travail. Plusieurs participants, dont les représentants de la revue médicale indépendante « Prescrire », avaient demandé à ce qu’il soit possible de filmer et d’enregistrer les discussions, dans un souci de transparence. La requête a été rejetée. Le Dr Philippe Foucras, membre du Formindep, a passé outre en séance, provoquant la colère des représentants de l’industrie. Finalement, suite au départ tonitruant du Formindep, la possibilité de filmer a été rétablie le 16 mars…

Aucun journaliste en dehors de ceux de la revue « Prescrire » n’a été autorisé à assister aux débats. Stéphane Horel, réalisatrice du documentaire « Les Médicamenteurs », diffusé l’an dernier sur Arte, a vu sa demande d’accréditation rejetée.

Le Formindep relève que 150 participants répartis en six groupes de travail étaient initialement prévus (dont des représentants de l’UFC-Que Choisir). Ils sont finalement 250, la centaine d’experts supplémentaires venant à une écrasante majorité des rangs de l’industrie pharmaceutique.

Le rapport des Assises du médicament est attendu pour la fin du mois de mai.

Erwan Seznec

Source :http://www.quechoisir.org/index.php//sante-bien-etre/maladie-medecine/medicament/actualite-assises-du-medicament-les-portes-claquent

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Mediator : Irène Frachon dénonce « Servier ou l’art d’enfumer »

Accueil   Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 04/03/2011 | 11H36

Celle qui a révélé le scandale fustige « la violence des labos » contre laquelle de meilleurs contrôles doivent nous protéger. Entretien.

Irène Frachon (Jean-Claude Coutausse).

Elle est celle sans qui le scandale du Mediator serait resté étouffé. Le docteur Irène Frachon, pneumologue à Brest, tente de tirer les premières leçons de l’affaire, après l’audition de Jacques Servier par la mission d’enquête parlementaire.

Rue89 : Avec du recul, arrivez-vous à identifier ce qui n’a pas fonctionné dans la chaîne de décision  ?

Irène Frachon : Il se peut que des responsabilités individuelles soient identifiées plus tard, mais pour l’instant je n’en vois pas apparaître de façon indiscutable.

Je vois un problème systémique, qui a trait à la sociologie : on s’aperçoit que notre système sanitaire est incapable de protéger nos concitoyens de la violence prédatrice d’un laboratoire privé.

Cette violence peut être physique lorsqu’elle s’exerce par la destruction des valves du cœur comme dans l’exemple du Mediator, psychologique lorsque les victimes sont obligées de porter plainte individuellement dans des procédures traumatisantes qui peuvent durer des années, économique quand un laboratoire peut siphonner la Sécurité sociale, faire du business y compris au risque de la vie des gens.

Que vous a inspiré l’audition de Jacques Servier – fondateur du laboratoire éponyme qui a fabriqué le Mediator – par la mission d’information parlementaire ?

D’après ce qu’on m’en a rapporté, je constate l’usage d’un discours formaté, avec les éléments de langage comme on dit, qui s’appliquent aussi bien à l’affaire du Mediator en général qu’à des cas particuliers de victimes.

Par exemple, Servier affirme que le Mediator n’est pas un anorexigène mais un antidiabétique. C’est comme de dire que la dame qui a fait une valvulopathie avait des problèmes cardiaques avant de consommer du Mediator alors que ces « problèmes » sont insignifiants… tout comme est insignifiante l’action antidiabétique du Mediator, puissant anorexigène !

C’est de la manipulation mentale qui joue sur les mots et l’inculture médicale des interlocuteurs.

Vous parlez de la patiente qui a fait un arrêt cardiaque après une expertise éprouvante.

Oui, cette dame était ma patiente à Brest. C’est un cas d’école car on a la chance d’avoir ses échographies avant la prise du médicament.

Son cœur était qualifié d’un peu « globuleux » selon une échographie cardiaque de 2005, mais fonctionnait bien et ses valves étaient normales. Elle prend du Mediator en 2006, un an plus tard, des petites fuites apparaissent au niveau des valves, elle poursuit avec le Mediator, deux ans plus tard ses valves sont détruites.

Après que ses valves ont été changées lors d’une opération en 2009, trois spécialistes du cœur observent des lésions typiques liées au Mediator. Tous les critères classiques d’imputabilité sont présents.

Qu’attendez-vous du laboratoire Servier ?

Servier nie l’évidence et se focalise sur un détail insignifiant, l’art de l’enfumage. Servier fait diversion pour que les experts oublient l’essentiel. C’est ainsi qu’ils ont fait oublier pendant 35 ans que le Mediator était de la fenfluramine.

Ils disent que le rapport de l’Igas comporte des éléments manquants (3 000 pages d’annexes quand même ! ), mais ils auraient pu demander à être entendus. Ils prétendent systématiquement de la même façon que les dossiers des malades sont incomplets alors qu’il s’agit d’éléments sans pertinence. Quand ils viennent à l’Assemblée nationale, ils demandent le huis clos et ne viennent sans aucun élément nouveau.

On n’attend qu’une chose pour avoir un vrai débat contradictoire, ce sont des éléments scientifiques publiés pour dire que ce n’est pas un anorexigène mais un antidiabétique ou discuter du nombre des morts.

D’où vient le chiffre de 38 morts avancé par Servier ? Jacques Servier a reconnu devant les députés que les trois morts évoqués lors de la cérémonie des vœux du 1er janvier relevaient de son « intime conviction », avouez que c’est léger comme argument scientifique !

Il est sûrement difficile pour l’inventeur d’une molécule de se rendre compte que non seulement elle n’a pas d’intérêt médical mais qu’en plus elle peut être toxique. Mais le progrès scientifique dépend de la capacité à reconnaître ses erreurs pour les dépasser.

 

Dessin de Baudry

Comment Servier a-t-il réussi à créer un écran de fumée tel qu’il n’a pas permis aux experts de réaliser que le Mediator n’était rien d’autre qu’un anorexigène  ?

L’éventail de réactions lors des auditions est très large : ça va du discours purement «  administratif  » et finalement glaçant d’un Jean Marimbert [limogé de la direction de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), ndlr], qui semble ignorer la réalité corporelle des victimes, à la reconnaissance lucide et fataliste de cette impuissance, en passant par des refus des responsabilités… mais on sent qu’on n’a pas toutes les pièces du puzzle.

Comment la mise sur le marché du Mediator a-t-elle seulement été possible  ?

A l’époque, les autorisations de mise sur le marché étaient essentiellement obtenues par des données pharmacologiques et non cliniques : on faisait des manipulations en laboratoire et on transposait les résultats chez l’homme. Or, les effets sur le rat et sur l’homme ne sont pas les mêmes.

Aujourd’hui, ça a changé. Les données sont toujours fournies par le labo, mais il faut des études cliniques réalisées sur des malades, très encadrées, comparatives, tirées au sort et en double aveugle.

Ce qui importe, ce sont les inspections de l’Afssaps pour contrôler la validité de ces études. Il faudrait d’énormes moyens de contrôle, comme ceux de la FDA aux Etats-Unis, du moins je crois.

Je ne me suis toujours pas remise du fait que les pharmacologues de l’Afssaps savaient depuis 1998 que le principe actif du Mediator était la norfenfluramine [molécule proche de l’amphétamine, ndlr]. Soit c’est absurde, soit c’est de la corruption, je n’ai toujours pas de réponse.

Pourquoi les « lanceurs d’alerte », comme vous, ou la revue Prescrire n’ont-ils pas été entendus  ?

Les experts se disent que ces molécules ne valent pas grand-chose, alors ils les négligent, sans réaliser que cinq millions de personnes ont été exposées.

L’Afssaps a tout le temps peur de perdre des procès contre les labos, c’est son cauchemar, donc elle recule sans cesse, attend les études pendant des années, en mettant de côté la santé des patients. Sans compter les vraies taupes envoyées par les laboratoires, des gens qui infiltrent des assemblées et peuvent se transformer en poison sans que les autres ne s’en rendent compte.

A-t-on voulu vous faire taire  ?

"Médiator, 150 mg, combien de morts ?" d'Irène Frachon.

En juin 2010, la publication de mon livre a été censurée, et j’ai lu des paroles désagréables et agressives sur moi de la part de membres de l’Afssaps (« petit soldat narcissique »), me menaçant de diverses représailles dont m’a protégée le député Gérard Bapt.

Il faut dire qu’un livre aussi frontal c’est quand même rare. Le milieu médical a bien verrouillé la parole, et les gens étaient stupéfaits de mon toupet.

J’ai eu de la chance que Xavier Bertrand ait pris la suite de Bachelot, je ne suis pas sûre qu’elle ou son cabinet auraient eu la même aptitude au dialogue.

Que pensez-vous des propositions de réforme du ministre ?

Le numéro 8 de Rue89 Le Mensuel (mars 2011).Les propositions de Xavier Bertrand sont ambitieuses, mais la résistance en face est colossale. La transparence est une condition nécessaire mais insuffisante. L’essentiel, c’est l’indépendance de l’expertise et des médecins, il faut financer un vrai contrôle des études cliniques, des experts indépendants et payés, une formation médicale sans les lobbys pharmaceutiques.

Cette interview figure au sommaire du dossier dunuméro 8 de Rue89 Le Mensuel (mars 2011) « Comment les labos achètent l’info ». Elle a été complétée des dernières actualités sur ce sujet.

Photo et illustration : Irène Frachon (Jean-Claude Coutausse) ; dessin de Baudry

Source : http://www.rue89.com/2011/03/04/mediator-irene-frachon-denonce-servier-ou-lart-denfumer-193273

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La colère d’Irène Frachon

Logo : France 3
La  pneumologue juge dangereuses les méthodes des laboratoires Servier pour la santé des victimes du Mediator.

Invitée en direct dans notre journal, Irène Frachon laisse éclater sa colère contre les laboratoires Servier. Céférina Cordoba, une patiente ayant consommé du Mediator, est “entre la vie et la mort”.

Cette patiente a porté plainte contre les laboratoires Servier. Elle a du se soumettre à une expertise médicale dans le cadre de la procédure judiciaire. Un examen de plus de quatre heures à la suite duquel elle a fait un arrêt cardiaque.

Céférina Cordoba est actuellement en coma artificiel au CHU de Rennes. Son état est jugé préoccupant.

Irène Frachon, la pneumologue qui a mis au jour les dangers du médicament Mediator, accuse : “le mensonge, le déni des laboratoires Servier est plus qu’inacceptable. Cela devient meurtrier !”.

Voir l’interwiev d’Irène Frachon sur France 3

 

Source : http://bretagne.france3.fr/info/la-colere-d-irene-frachon-67597723.html

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[France 2] Complément d’Enquête : Les nouveaux redresseurs de torts

Au sommaire de l’émission “Complément d’Enquête”, diffusée lundi 28 février 2011 à 22 heures 10 sur France 2 :

Complément d'enquête


 

 

Les nouveaux redresseurs de torts


Du scandale du Médiator, aux révélations de Wikileaks, autant d’affaires qui n’auraient jamais vu le jour sans l’acharnement de femmes ou d’hommes seuls mais déterminés…

Qui sont ces nouveaux justiciers dont Julian Assange est le modèle et qui n’hésitent plus à affronter les gouvernements, à briser l’omerta et les secrets d’Etat ? Pour alerter et mobiliser, leurs armes ne sont plus le sit-in et les tracts, mais Internet, la télévision ou même le cinéma.

Parmi eux, il y a ces jeunes hackers qui déstabilisent des multinationales depuis leur chambre d’ado. Mais aussi ces femmes qui ont mis leur carrière en péril pour défendre une juste cause, comme Irène Frachon, Véronique Vasseur ou Sihem Souïd. Pourquoi ont-ils choisi de dire non, quel qu’en soit le prix ?

Entre engagement citoyen et dictature de la transparence absolue, Complément d’enquête sur ces nouveaux militants et leurs combats.

Les reportages :

Assange ou démon ?
Réalisé par Jérôme Bermyn et Zidene Berkous

Qui est réellement Julian Assange, le fondateur du site internet Wikileaks ? En quelques mois, cet ancien pirate informatique a divulgué 250 000 documents confidentiels de l’armée ou de la diplomatie américaine. Dangereux activiste ou martyr de la liberté d’expression ? Enquête sur cet homme mystérieux, traqué par les justices américaines et suédoises, qui s’est retranché dans un manoir anglais. Pourquoi ses premiers soutiens le critiquent-ils aujourd’hui ? Quelles seront ses prochaines révélations ?

Femmes de tête
Réalisé par Fabien Chadeau et Claire-Marie Denis

Elles sont mères de famille, médecin ou policier. On les croyait fragiles et, pourtant, elles n’ont pas hésité à taper du poing sur la table, au risque de sacrifier leur carrière. Qu’elles dénoncent les ravages du Médiator, le délabrement des prisons en France ou le racisme dans la police, comment ces femmes ont-elles organisé leur combat ? Révocation, divorce, quelles ont été les conséquences de leur engagement sur leurs vies ?

La croisade de Josh Fox
Réalisé par Samuel Humez

Vous ne le connaissez pas encore, mais aux Etats-Unis, il est en passe de devenir un héros. Josh Fox n’a pas accepté de voir l’eau de son robinet s’enflammer, et ses voisins tomber malades… Il a filmé son enquête sur le gaz de schiste et les nouvelles méthodes d’extraction des compagnies pétrolières. Son documentaire, Gasland, est aujourd’hui nominé aux Oscars ! D’Hollywood au plateau du Larzac, portrait de ce militant caméra au poing.

Internet : l’arme fatale
Réalisé par Yvan Martinet

Il vit en Auvergne, il est âgé d’à peine 15 ans, et il a réussi à pirater le site de Visa pour venger Wikileaks et Julian Assange, dont les comptes venaient d’être bloqués ! Qui sont ces nouveaux hackers qui mettent leurs compétences informatiques au service de leur militantisme ? Comment s’organisent-ils sur Internet ? Quels risques sont-ils prêts à prendre ?

SOURCE : http://www.telleestmatele.com/article-france-2-complement-d-enquete-les-nouveaux-redresseurs-de-torts-67952886.html


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Irène Frachon à Toulouse

    le 5 mars à Palumbo
Olga, l'animatrice de l'atelier chants, vous invite à partager ces séances dans la joie et la détente. / Photo DDM
Irène Frachon . / Photo DDM
Elle est celle par qui le scandale du Mediator est arrivé. Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest, auteur d’un livre-choc « Mediator, 150 mg » est plus que jamais sous les feux des projecteurs alors que l’affaire du médicament antidiabétique du laboratoire Servier occupe depuis plusieurs mois la scène nationale.

Après une halte à Toulouse, le 4 mars (1), le docteur Frachon participera à une réunion publique, le samedi 5 mars à 9 h 45, à la salle Georges-Palumbo où elle pourra notamment dialoguer avec des anciens utilisateurs du Mediator.

LE DÉSARROI DES PATIENTS.

C’est justement le désarroi des patients qui anime le combat du médecin brestois depuis qu’elle a découvert la toxicité du Mediator pour le cœur. Et provoqué au moins 500 décès.

À Brest, Irène Frachon suit les patients victimes d’hypertension artérielle pulmonaire. C’est après la lecture de la revue spécialisée » Prescrire », en 2006 qui s’insurgeait contre le manque de réactions après des cas de maladie dus au Mediator (150 hospitalisations par an selon la Caisse nationale d’assurance maladie) que la pneumologue a entamé une enquête de trois ans. Le principal mérite de ce travail aura été de mettre le doigt sur 20 ans d’obstination du laboratoire Servier à masquer les risques dus à l’absorption de son « coupe-faim ».

Le docteur Frachon s’est rappelée que des médecins s’étaient déjà battus pour faire interdire en 1997 l’Isoméride, un dérivé d’amphétamine qui s’est révélé toxique pour les poumons et pour le cœur. Or l’Isoméride comme le Mediator se dégradent dans le corps pour donner la même molécule toxique : le norfenfluramine.

Le 5 mars à Saint-Jean, le docteur Frachon devrait revenir sur son expérience hospitalière, notamment quand elle a pu assister à l’autopsie d’une patiente dont les valves cardiaques s’étaient déformées. Un moment important pour une prise de conscience.

(1) Irène Frachon sera à la librairie Ombres Blanches, samedi 4 mars à 18 heures où elle dédicarea son ouvrage, » Mediator, 150 mg. Combien de morts ? » (éditions Dialogue). Puis, à l’invitation du GREP Midi-Pyrénées, elle participera à une réunion publique, à 20 h 30, à l’École Supérieure de Commerce, boulevard Lascrosses. Entrée : 5 €.

LE SOUTIEN DE GERARD BAPT.

De passage à Toulouse, Irène Frachon répondra, le 5 mars à l’invitation de Gérard Bapt à Saint-Jean. Cette visite n’a rien d’étonnant si l’on se souvient que le député de Haute-Garonne a été, l’a passé le premier soutien politique de la pneumologue de Brest avant que n’éclate au grand jour,le scandale du Médiator.

Le docteur Frachon a été la première à être auditionnée, le 26 janvier par la commission d’information parlementaire président par Gérard Bapt.

Président du groupe d’études sur la santé environnementale,le député avait dénoncé l’ostracisme dont était victime Irène Frachon après la sortie de son livre.


Voir l’affiche de la réunion du vendredi 4 mars à l’école de commerce

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L’amiante, cette épidémie silencieuse

  Mardi 15 Fév – 23:20 – Saint Claude

Des salariés d'Eternit victimes de l'amiante, au tribunal des prud'hommes d'Albi en septembre 2009./ Photo DDM, Jean-Marie Lamboley

Des salariés d’Eternit victimes de l’amiante, au tribunal des prud’hommes d’Albi en septembre 2009./ Photo DDM, Jean-Marie Lamboley

Pour mieux renforcer la surveillance des maladies liées à l’amiante, la déclaration des mésothéliome (cancers de l’amiante) sont obligatoires en Aquitaine et Midi-Pyrénées depuis le 1er janvier.

Pas facile d’avoir une visibilité sur la réalité du scandale de l’amiante dans notre région. Même au niveau national, où les statistiques publiées de l’assurance maladie sont plus fines, on ne dénombreen 2008 « que » 387 décès au titre des maladies professionnelles reconnues dans le régime général de la sécurité sociale. Un chiffre qui de facto écarte le monde agricole, les fonctionnaires, les militaires, mais aussi les artisans et commerçants. En Midi-Pyrénées les derniers chiffres disponibles, ceux de 2009, font état de 40 personnes reconnues comme ayant contracté au cours de cette année-là une maladie professionnelle directement liée à l’amiante. Le nombre des décès parmi les malades n’est pas répertorié…

LE 2E POSTE DE DÉPENSE DE LA CRAM
Aquitaine et Midi-Pyrénées sont depuis le 1er janvier parmi les six régions (1) à participer à une « phase pilote » rendant obligatoire la déclaration des mésothéliomes, ces cancers touchant les poumons et directement liés à l’amiante. Car la réalité des chiffres va bien au-delà des statistiques de l’assurance maladie. Concernant le mésothéliome pleural malin, on a estimé à 1 090 le nombre de décès survenus sur l’année 2005, selon un document datant de 2009 de la Haute autorité de santé (HAS) et de l’Institut national du cancer (INCa). Pour 80 % d’entre eux, une exposition aux fibres d’amiante est retrouvée.

La déclaration obligatoire « vise à renforcer leur surveillance épidémiologique, à augmenter la reconnaissance des maladies professionnelles liées à l’amiante et à améliorer la connaissance des cas survenant en dehors d’une exposition professionnelle à l’amiante », note l’institut. Mais pour les associations de victimes de l’amiante, ce n’est certes pas la panacée.

Faute de recensement exhaustif, la mortalité due à ce cancer qui peut aussi toucher les revêtements de la cavité abdominale (péritoine) et plus rarement du cœur (péricarde), n’est pas bien établie.

Depuis sa création en 2002 en France, le Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (Fiva), financé par l’Etat et la branche accidents du travail de la Sécurité sociale, a versé près de 2,4 milliards d’euros à quelque 52 000 victimes. En 2009 les maladies professionnelles liées à l’amiante ne représentent que 3,8 % des maladies professionnelles gérées par la Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail (ex-CRAM) de Midi-Pyrénées. Et pourtant, leurs coûts, induits par des traitements lourds, des indemnisations ou des rentes à la hauteur du préjudice d’une vie, en font le deuxième poste de dépense de la Caisse régionale avec plus de 6 millions d’euros versés à la quarantaine de nos malades de l’amiante.

(1) Aquitaine, Auvergne, Ile-de-France (Val-de-Marne et Seine-Saint-Denis), Lorraine, Midi-Pyrénées, Provence-Alpes-Côte d’Azur (Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Var)

Tous, partout
De nombreuses professions ont été exposées à l’amiante, fibre minérale, cancérigène, utilisée comme isolant et anti-incendie : dans le bâtiment, la carrosserie industrielle, plombiers, charpentiers et électriciens, peintres, décorateurs, bijoutiers, cheminots, mécaniciens automobiles… Impossible de dresser une cartographie : dans notre région. L’usine Eternit d’Albi, les mines de Carmaux, mais aussi les usines Giat à Tarbes, la fonderie de Fumel ou encore la verrerie de Vianne en Lot-et-Garonne, font parties des sites ayant fait le plus de victimes. Mais les salariés de grandes entreprises comme EDF, la SNCF, ont eux aussi été touchés.

Le chiffre : 100 000
morts > D’ici 2025. C’est, selon l’Agence française sanitaire environnement et travail, le nombre possible de décès dus l’amiante d’ici 15 ans. Son caractère cancérigène est connu depuis les années 50 mais le premier décret réglementant son usage ne date que de 1977 et son interdiction de 1997…

« On se bat aujourd’hui pour que la réparation coûte plus cher que la prévention. » Jean-Marie Birbes, président de l’Addeva 81 (Association départementale des victimes de l’amiante)

« Dès qu’on tousse, on se met à gamberger »
S’ils sont si contents de se retrouver, ce vendredi-là, à Gaillac, c’est d’abord parce qu’avant d’être des victimes, c’était d’abord des collègues, des syndicalistes qui se sont battus ensemble contre le patron avant de se débattre avec la maladie. L’association qui les réunit c’est l’Addeva 81 (Association départementale des victimes de l’amiante du Tarn), dont le noyau dur est constitué par d’anciens ouvriés et salariés de l’usine Eternit de Terssac, qui, de 1971 à fin 1996 a fabriqué des plaques de fibrociment à base d’amiante. Parmi la petite dizaine de membres présents cet après-midi de janvier, âgés de 52 à 67 ans, tous sont atteints de pathologies dues à l’amiante : « Deux copains sur trois ont des plaques pleurales. Ici on en a tous. C’est plus ou moins douloureux, ça réduit la capacité pulmonaire. Surtout, ça fait gamberger ». Jean-Marc Garo explique : « À force de voir des copains partir en quelques semaines, emportés par des cancers foudroyants dans des souffrances atroces, maintenant, dès qu’on tousse, on ne peut pas s’empêcher de gamberger. » Son frère Jean-Pierre renchérit : « C’est en nous, ça ne nous quitte jamais. On n’y pense pas toute la journée, mais c’est là, ça trotte… Après chacun fait comme il peut pour se débrouiller avec. » Silence. « Jamais on n’avait pensé que c’était mortel », souffle Christian Gombert, 67 ans, entré en 1971 et dont le frère vient de mourir à 62 ans, en n’ayant travaillé que 4 ans chez Eternit. « Moi je n’avais pas voulu travailler aux mines de Carmaux, car mon père était mineur et je ne voulais pas m’y empoisonner. » Christian s’occupait de l’entretien des machines. Il soufflait la poussière d’amiante qui les recouvrait pour les réparer. Avant qu’elle ne retombe.Il en bouffait, littéralement, comme les autres, sans masque, ni protection. Il se rappelle que l’aération du réfectoire et du vestiaire donnait sur le stock amiante… « Le déclic, ça a été la mort de Raymond Cabrit, en 1993. Il avait 49 ans, il est mort en quelques semaines. À l’époque, on se battait contre les plans sociaux. C’était très difficile de comprendre qu’on risquait de mourir alors qu’on se battait pour garder nos emplois. » En 1996, l’Addeva 81 est créée. 15 ans plus tard, Jean-Marie Birbes en est toujours le président et l’asso continue de se battre aux côtés des familles. « Les indemnisations, c’est primordial, mais tout ça ne servira à rien s’il n’y a jamais le procès des responsables. Ceux qui savaient, depuis des dizaines d’années que l’amiante était cancérigène. Et qui ont préféré leurs profits à nos vies. Jamais ils ne se sont excusés, jamais ils n’ont reconnu leur faute. Il faut dire que le business de l’amiante continue dans d’autres pays… » Selon les chiffres de l’Addeva 81, 2000 salariés d’Eternit France ont contracté des maladies directement liées à l’amiante. 400 en sont morts. Dont 17 à Albi.

Georges Arnaudeau
Quatorze ans après l’interdiction de l’amiante, où en est-on ?

Georges Arnaudeau, membre du bureau de l’Association nationale des victimes de l’amiante.. On progresse, notamment en matière d’information, ou concernant le désamiantage de certains matériels ou bâtiments, mais il reste encore beaucoup à faire. Au niveau des malades, on a encore beaucoup de difficultés à faire reconnaître les pathologies comme étant des maladies professionnelles.

Que peut apporter la déclaration obligatoire du cancer de l’amiante ?

Une meilleure connaissance de l’ampleur du phénomène puisqu’on estime que 20 % de ces cancers ne sont pas déclarés. Mais il faudrait surtout mettre maintenant l’accent sur la prévention et le suivi professionnel et post-professionnel des salariés exposés. Cette déclaration obligatoire peut, peut-être, nous aider à faire progresser la loi. Aujourd’hui seule la radio est obligatoire. Pour que le dépistage soit efficace, il faudra rendre obligatoire le scanner.

Espérez-vous toujours un procès pénal ?

Oui, c’est notre combat depuis 1995 et les premières plaintes. La France doit aux victimes un grand procès de l’amiante. Les dossiers sont à l’instruction au pôle santé, à Paris.

Source :  http://www.ladepeche.fr/article/2011/02/15/1014464-L-amiante-cette-epidemie-silencieuse.html

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LCP Assemblée nationale : Audition d’Irène Frachon, Grégoire Le GAL, FLORE MICHELET

Mission d”information sur le médiator et la pharmacovigilance

Irène Frachon, médecin pneumologue au CHU de Brest, Grégoire Le Gal, professeur de médecine interne au CHU de Brest et Flore Michelet, étudiante en pharmacie à l’université de Rennes 1 sont auditionnés par la mission d’information sur le Médiator et la pharmacovigilance coprésidée par Gérard Bapt, député socialiste de Haute-Garonne avec pour rapporteur Jean-Pierre Door.

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"Il y aura d’autres Mediator"

La politique du soin : politique de santé publique ou politique industrielle ?

 

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Le scandale du Mediator, médicament inefficace et dangereux qui aurait coûté la vie à plus de 500 personnes et ruiné celle de milliers d’autres, résume bien les tares d’un système de santé soumis à bien d’autres intérêts que ceux des usagers.

Il y a eu, il y aura d’autres Mediator. Ce n’est pas jouer les Cassandre que l’annoncer, car les conditions qui ont permis ce scandale, et que le Formindep ne cesse de dénoncer, restent réunies. Et certaines ne font que s’accentuer.

A chaque étape de la vie du médicament et des soins en général, l’interférence d’intérêts étrangers à la santé des usagers se fait sentir. Une stratégie de lobbying discrète mais efficace contre laquelle les acteurs de santé semblent étonnamment peu se prémunir.

L’extinction de la recherche publique indépendante

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C’est sur la foi d’études cliniques exclusivement menées et financées par les firmes que s’évaluent aujourd’hui les traitements. Avec tous les biais que l’on peut craindre et que l’on a constatés a posteriori dans l’affaire du Vioxx par exemple : résultats négatifs occultés, pistes de recherche volontairement non explorées.

La recherche publique, à même d’apporter les analyses contradictoires nécessaires au débat et au progrès scientifique, et d’explorer les territoires laissés en friche par l’industrie, assure de moins en moins ce rôle. Et ce n’est pas -seulement- faute de moyens financiers. Le LEEM, lobby de l’industrie, siège désormais au conseil d’administration de l’INSERM, et c’est l’ensemble de la recherche biomédicale publique qui est priée de se mettre au service de l’industrie pharmaceutique, ainsi que le dénonce très clairement le collectif Sauvons la recherche.

Par la grâce des « partenariats public-privé », les firmes licencient aujourd’hui leurs propres chercheurs pour sous-traiter leur recherche à un secteur public paupérisé en quête désespérée de financements.

Une opération très rentable, car l’État subventionne cette sous-traitance à hauteur de 60 %, par un crédit Impôt Recherche majoré, mis en scène lors de grandes messes telles que celle du Conseil Stratégique des Industries de Santé en octobre 2009 à l’Élysée même [1] [2] .

La recherche en matière de santé est ainsi de plus en plus univoque, suivant les orientations de l’industrie : consacrée aux seules pathologies rentables, excluant les options thérapeutiques qui présenteraient un faible retour sur investissement, ignorant les questions gênantes. Le débat scientifique se réduit, le progrès médical s’essouffle.

Le manque d’indépendance des autorités chargées de l’évaluation

Le fait que l’AFSSAPS, agence chargée de délivrer les autorisations de mise sur le marché (AMM) aux médicaments, comme l’agence européenne, l’EMA, soit financée désormais dans sa quasi totalité par les firmes pharmaceutiques est dénoncé par la commission d’enquête du Sénat sur le médicament, comme par la Cour des Comptes, qui use de la litote : « le mode de financement retenu n’est pas de nature à assurer l’indépendance de l’agence ».

L’Agence rétorque que la majeure partie de ces redevances sont des taxes obligatoires. Certes, mais ce qu’omet l’Agence, c’est qu’en revanche rien n’oblige une firme à soumettre sa demande d’AMM à l’AFSSAPS, qui se trouve en concurrence sur ce « marché » avec l’Agence Européenne du Médicament, encore moins indépendante et surtout totalement opaque ; voire avec les Agences d’autres pays de l’Union Européenne, puisque des procédures de reconnaissance mutuelle d’AMM existent. L’Agence subit donc le dumping réglementaire de l’agence la plus conciliante, au risque de voir les demandes d’AMM, et les recettes afférentes, se détourner d’elle. Par ailleurs, la part de prestations de services à l’industrie est en hausse constante dans le budget de l’Agence, portant un autre coup à son indépendance.

Mais l’absence d’indépendance s’exerce encore -et surtout- à un autre niveau, qui constitue le cœur de l’action du Formindep : que penser de comités d’experts dont la plupart sont personnellement rémunérés comme consultants des firmes dont ils doivent juger les produits ? Ces liens sont maintenant pour beaucoup publiés, mais la transparence n’est pas l’indépendance, nous n’avons de cesse de le rappeler. D’autant que les montants de ces rémunérations, qui restent encore cachés, sont loin d’être anecdotiques. Comme l’a révélé l’Inspection Générale des Affaires Sociales il peut s’agir pour un leader d’opinion de 600 000 euros pour un seul contrat de consultant, bien plus que son traitement annuel d’hospitalo-universitaire [3].

Le Formindep est donc de retour devant le Conseil d’Etat pour obtenir que l’absence de respect des règles de gestion des conflits d’intérêts de deux groupes d’experts de la HAS soit sanctionnée par l’annulation des recommandations professionnelles qu’ils ont émises.

Quand bien même les agences de santé parviendraient à mener leurs travaux scientifiques de façon satisfaisante, les pressions qu’elles subissent pour autoriser, maintenir, rembourser ou recommander des médicaments et pratiques souvent sans grand intérêt et parfois dangereux, sont nombreuses. On se souviendra que Xavier Bertrand avait annoncé le remboursement du Gardasil en février 2007 avant même son évaluation par le Comité Technique des Vaccinations. Récemment, le Comité Économique des Produits de Santé (CEPS) a accordé au Multaq® (dronedarone) de Sanofi Aventis un prix 11 fois supérieur à la molécule de référence l’amiodarone, après que la Haute Autorité de Santé a été priée de revoir son évaluation « médiocre ». [4] Dans pas moins d’une évaluation sur quatre, la Commission de transparence de la HAS doit ainsi revenir sur un premier avis jugé trop sévère…

Une pharmacovigilance abandonnée aux firmes

Autorisés, les médicaments sont ensuite lâchés dans la nature. Même dans le cadre de Plans de gestion des risques, qui ne sont trop souvent que des cache-sexe pour des AMM au rabais, les médecins ne sont pas informés correctement des risques du médicament. Ainsi, le Thésaurus des interactions médicamenteuses de l’AFSSAPS, référence légale sur laquelle doivent s’aligner les logiciels de prescription, n’a pas été mis à jour depuis 18 mois. En cas d’effets indésirables observés, les prescripteurs, censés les signaler, ne le font que rarement, y compris dans les cas graves. La sous-notification est importante, notamment en raison des conflits d’intérêts des médecins dont beaucoup craignent de se voir reprocher une mauvaise prescription. On estime communément que moins d’un centième des accidents sont ainsi signalés. Ce n’est que depuis le retrait du Mediator que les valvulopathies apparaissent sur les radars. On ne trouve que ce que l’on cherche, et les agences s’accommodent trop bien de l’absence de données de pharmacovigilance, diligentant peu d’études, et se montrant par ailleurs fort peu curieuses des données que leurs homologues européennes ou américaines mettent à leur disposition.

Ainsi, le Vioxx aurait provoqué 160 000 accidents vasculaires et tué plus de 27 000 personnes aux États-Unis [5]. En France, l’AFSSAPS n’a publié aucune étude pour évaluer les dégâts et suivre les autres médicaments de la même classe des coxibs. Au contraire, elle a depuis mis sur le marché une molécule cousine, l’Arcoxia, que son homologue américaine la FDA a pour sa part rejetée par 20 voix sur 21. Les risques médicamenteux, comme les nuages radioactifs, s’arrêtent aux frontières de l’Hexagone.

De surcroît, les données de pharmacovigilance sont gérées en grande partie par les industriels eux-mêmes, depuis leur collecte chez les médecins jusqu’à leur codage dans les bases européennes. Il s’en est d’ailleurs fallu de peu qu’une directive européenne ne confie à l’industrie le soin d’autoréguler la pharmacovigilance

L’absence de transparence des autorités de santé

Quand les autorités détiennent malgré tout des informations pertinentes, elles en font trop souvent la rétention. Le Formindep a déjà pointé du doigt la conception très particulière de la transparence qu’avait l’Agence Européenne du Médicament, qui méprise ses obligations légales en la matière. Pour mémoire, rappelons ce rapport de pharmacovigilance que l’Agence Européenne du Médicament a remis à la revue Prescrire, pourtant après le retrait de l’Acomplia, autre médicament inefficace et dangereux. L’intégralité de 66 de ses 68 pages, et jusqu’à la date, sans doute trop révélatrice de l’inertie de l’Agence, en avaient été occultées

Une « formation » et une « information » médicales assurées par les firmes

La formation médicale continue et obligatoire des médecins est financée à 98% par les firmes [6]. Elle est assurée par des médecins leaders d’opinion soumis aux firmes, les mêmes qui siègent dans les commissions d’experts des autorités de santé, sont sollicités pour définir les politiques publiques, s’expriment dans les media. La neutralité de l’information dispensée est plus que mise à mal, ainsi que l’analysait récemment une adhérente du Formindep à l’écoute de radioIFM, site de podcast financé par Sanofi-Aventis.

L’éléphant est au milieu du cabinet de votre médecin, et chacun feint de ne pas l’apercevoir. C’est cette aberration qui a conduit à la création du collectif puis de l’association Formindep, pour une formation médicale indépendante.

Outre la formation continue, c’est l’information elle-même qui est en grande partie contrôlée par les firmes. La presse médicale est, à de trop rares exceptions près (Pratiques, et Prescrire dont le Dr Irène Frachon souhaite voir « exploser » le nombre d’abonnés) majoritairement financée par l’industrie, par le biais d’encarts publicitaires, abonnements en masse, tirés à part. Le Syndicat National de la Presse Médicale lui-même s’en félicite : « Le rôle de la presse médicale est ainsi essentiel : principal véhicule de l’effet de source en raison de la place qu’elle accorde aux leaders d’opinion ainsi qu’aux résultats des essais thérapeutiques et des travaux de recherche, elle est également le lien privilégié du soutien de la réputation du produit et de son image de marque par le relais que constitue la publicité. » La ligne éditoriale de cette presse quasi gratuite s’en ressent : lorsque le livre d’Irène Frachon sur le Mediator est paru, le Quotidien du Médecin, titre le plus lu, a fait l’impasse mais a publié une publicité de la firme Servier niant le lien entre son produit et les valvulopathies, alors même que l’EMA venait de le reconnaître officiellement ! Le reste de la presse médicale est resté lui aussi silencieux, pour ne pas incommoder un annonceur et financeur de premier plan.

Les médecins lecteurs de cette presse publicitaire sont tombés de l’armoire en apprenant le retrait du médicament. Prescrire en revanche avait alerté ses lecteurs dès 1997, et dès 2005 exprimé son souhait de voir le produit retiré du marché…

Des patients manipulés et complices

Si le Mediator est soupçonné d’autant de dommages, c’est aussi en raison de prescriptions à des personnes bien portantes, hors AMM. L’idée d’étendre le domaine de prescription des médicaments jusqu’à couvrir tous les aspects normaux de la vie, le disease mongering ou façonnage de maladies, est une tendance lourde, dont les media grand public et les patients se font les complices : médicaments pour perdre du poids, pour être plus performant sexuellement ou intellectuellement, surmonter sa timidité requalifiée “phobie sociale” ou calmer un enfant turbulent requalifié d’”hyperactif avec déficit de l’attention“, etc.

Selon une étude de l’Organisation Mondiale de la Santé, dans 12 % des consultations le patient demande une molécule précise, une fois sur deux parce qu’il en a entendu parler via une publicité. Et dans 79 % des demandes, les médecins ont accepté de prescrire le médicament en question, alors que sans demande particulière des patients, ils n’ont prescrit ce même médicament que dans 26 % des cas. Prescrites massivement, les molécules font statistiquement davantage de victimes.

Les associations de malades sont généralement peu actives sur le sujet des conflits d’intérêts en santé et des dangers qu’ils comportent, car elles sont pour la plupart dépendantes des subsides de l’industrie et conseillées par des comités scientifiques constitués pour beaucoup des mêmes leaders d’opinion qui assurent indifféremment expertise pour les autorités, marketing pour les firmes, lobbying via les associations. Les associations de patients sont d’ailleurs un des axes majeurs de la stratégie marketing des firmes, ainsi que le relève l’étude de veille stratégique Eurostaf. Les associations de patients, particulièrement au niveau européen, viennent ainsi souvent au soutien des lobbies industriels : pression pour une accélération des procédures d’AMM, pression pour une éducation thérapeutique financée par les firmes.

Enfin, le Collectif Interassociatif Sur la Santé (CISS), censé représenter les usagers du système de santé auprès des pouvoirs publics, réussit l’exploit d’être financé par ceux-là même, ainsi que par l’industrie. Coïncidence, il s’est distingué au cours de cette affaire par un silence assourdissant.

Des lanceurs d’alerte exposés

Les lanceurs d’alerte, ces empêcheurs de tourner en rond, subissent un traitement inouï, fait de pressions, chantages, licenciements, diffamations. La puissance publique, loin de les protéger, s’en fait parfois la complice et l’instrument, malgré les annonces récurrentes de création d’un statut protecteur des “lanceurs d’alerte”. Des échanges de courriels entre représentants de l’Afssaps et de Servier démontrent une incroyable convergence d’intérêts pour nuire au Dr Irène FRACHON.

Le Dr Bernard JUNOD, épidémiologiste et membre du Formindep, dont les travaux sur le surdiagnostic dans le dépistage du cancer du sein et son coût humain dérangent, a été mis à la retraite d’office par le directeur de l’Ecole des Hautes Etudes de Santé Publique où il était enseignant chercheur.

Dans de telles conditions, ces lanceurs d’alertes doivent être doublement salués, pour leur intégrité scientifique et morale, et pour leur courage.

Des soignants naïfs qui n’ont toujours pas choisi l’indépendance

Les quelques médecins qui ont choisi de se libérer des influences commerciales des firmes pour soigner ont pu protéger leurs patients du Mediator ainsi que d’autres produits inutiles et dangereux. Le Formindep se targue d’en regrouper un certain nombre.

Redisons le : il était possible dès le début de ne jamais prescrire de Mediator, d’abord du fait de son absence de preuve d’efficacité dans le traitement du diabète, puis, lorsque les effets indésirables ont été suspectés puis avérés, du fait de sa dangerosité. Les données fiables étaient connues et accessibles, principalement à travers la revue Prescrire.

Lors d’un drame sanitaire ou autre, un seul maillon de la chaîne est rarement en cause. La plupart du temps ce sont plusieurs maillons qui défaillent. Dans le système de soins responsable de la protection des patients, les soignants constituent l’ultime barrière de sécurité pour les patients en cas de défaillance des autres chaînons : firmes, autorités, expertise. Cette dernière sécurité, celle des médecins prescripteurs et des pharmaciens dispensateurs, elle aussi, n’a pas fonctionné. Elle a sa pleine responsabilité dans cette affaire et les patients ont raison de s’en émouvoir.

Les professionnels de santé, tant individuellement que collectivement ont une responsabilité éthique, renforcée par une obligation déontologique, de se former et de soigner selon les données actuelles de la science. A de trop rares exceptions ils ne l’ont pas fait pour le Mediator.

La formation à partir de données fiables et indépendantes, comme celles de la revue Prescrire par exemple, si elle s’avère nécessaire et indispensable, n’est pas suffisante. Il faut que les professionnels de santé décident une bonne fois pour toutes de rompre les liens néfastes, directs ou indirects, conscients ou inconscients, visibles ou invisibles, qui les soumettent aux intérêts des firmes. Se libérer des influences commerciales pour sa formation initiale et continue c’est soigner mieux à un moindre coût, c’est préserver des vies. C’est authentiquement prendre les moyens de “d’abord ne pas nuire”, en ne se contentant plus d’en parler.

Y a-t-il des raisons d’espérer ?

Au terme de ce tableau bien sombre, il est légitime de se demander à quoi servent les autorités sanitaires françaises et européennes. C’est la question que pose un groupe de sénateurs autour de François AUTAIN (CRC), qui a obtenu la création d’une mission d’information sénatoriale sur les conditions de délivrance et de suivi des autorisations de mise sur le marché des médicaments. Comme les autres missions et commissions initiées par François AUTAIN, elle aidera sans doute à faire la lumière et tirer les leçons de ce scandale.

Du côté de l’Europe, les signaux sont brouillés, ainsi que le rappelle fort à propos le Collectif Europe et Médicament dans un récent communiqué. Un pas en avant : les patients pourront désormais signaler eux-mêmes les effets indésirables médicamenteux. Deux pas en arrière : le financement de la pharmacovigilance de l’EMA par des fonds publics, qui était « sanctuarisé » par la loi, sera désormais lui aussi assuré par les firmes, qui pourront de surcroît classer elles-mêmes les rapports d’effets indésirables dans la base européenne, malgré le risque d’altération des données que cela comporte.

La vraie raison d’espérer ne pourra finalement venir que des patients et usagers eux-mêmes. Car ce sont eux qui paient ces erreurs au prix fort. Les 500 décès imputés au Mediator ne sont que la pointe de l’iceberg. Chaque année 130 000 hospitalisations sont dues aux effets indésirables des médicaments. Soit 3 % du total des hospitalisations, un chiffre à rapprocher du déficit des hôpitaux, qui représente 1 % de leur budget. Quelle proportion pourrait être évitée par un meilleur contrôle en amont, et une information scientifiquement validée ?

Les effets secondaires des médicaments tuent 18 000 personnes chaque année, deux fois plus que la route. Une grande part de ces décès sont évitables. Où sont les radars sur la route des médicaments ? Mais au-delà des médicaments, c’est toute la définition des soins et même des maladies qui est polluée par des intérêts qui ne sont pas ceux des patients. Combien d’hommes et de femmes qu’on aura littéralement maltraités pour un « cancer » de la prostate ou du sein qui n’était qu’un surdiagnostic dû à un dépistage intempestif lourd de conflits d’intérêts ?

Combien de personnes âgées utilisées comme des cobayes pour des traitements anti-Alzheimer recommandés bien que grevés de contre-indications et d’effets secondaires, pour peu de bénéfices ? Combien d’actes thérapeutiques inutiles, d’objectifs de santé irrationnels et néfastes qui ne soignent que le chiffre d’affaires des firmes et détournent des ressources précieuses du système de santé ?

Il est temps que les usagers et patients se saisissent du problème des conflits d’intérêts en médecine, car ses conséquences se chiffrent en vies humaines. Leur défense ne peut reposer sur quelques individus ou groupes héroïques. Tous comptes faits ce sont simplement les outils de la démocratie qui doivent être utilisés : contrôle citoyen et transparence, primauté de l’intérêt général, indépendance des décisions et des institutions qui les émettent, séparation des pouvoirs, etc.

« La guerre est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux militaires » disait Clemenceau. Notre santé est une affaire trop sérieuse pour être laissée à ces autorités-là.

 

[1] Des vérités cachées ont été dévoilées lors de la réunion du CSIS à l’Elysée le 26 octobre 2009

[2] Compte rendu dans la revue Pharmaceutiques

[3] Rapport de l’IGAS sur la rémunération des médecins et chirurgiens hospitaliers-janvier 2009, voire le chapitre 4 du rapport concernant les rémunérations annexes, le tableau 31 de la page 73 en particulier

[4] Le panégyrique que dressent, dans la livraison de novembre 2010 de la revue Pharmaceutiques, les responsables des firmes françaises à Noël RENAUDIN après ses 12 ans de présidence du CEPS, n’est pas la moindre illustration de l’action bénéfique du CEPS aux yeux des firmes, organisme chargé de fixer les prix des médicaments. Les inquiétudes liées à son départ ne sont plus justifiées, puisque l’affaire Mediator a permis qu’il soit reconduit à la présidence de ce “comité des forges” pharmaceutiques. Lire également l’intéressante enquête de la Mutuelle Générale des Cheminots sur le secteur pharmaceutique.

[5] voir ici et

[6] page 42

 

SOURCE :  http://www.formindep.org/spip.php?article397

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Un chercheur anti-OGM traité de « marchand de peur »

rue89_logo.gif   Par Marie Kostrz | Rue89 | 24/11/2010 | 19H39

Un militant Greenpeace installe des pancartes anti-OGM, à Bruxelles le 24 novembre 2008 (Thierry Roge/Reuters).

Accusé d’être un « marchand de peur », le chercheur anti-OGM Gilles-Eric Séralini poursuivait en diffamation l’auteur de ces propos, un professeur de génétique. Compte-rendu d’une audience où deux conceptions de la science et de l’indépendance se sont affrontées.

Scientifiques de renom, « faucheurs volontaires » ou simples citoyens concernés par les OGM, ils étaient nombreux ce mardi devant la 17e chambre du tribunal de grande instance (TGI) de Paris.

Marc Fellous, professeur de génétique et chef de l’unité d’immunogénétique humaine à l’Institut Pasteur, répondait d’une « campagne de dénigrement » à l’encontre de son collègue Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l’université de Caen.

En janvier, Fellous avait écrit à France 5 et au conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pour critiquer la présence du chercheur anti-OGM dans « Le Magazine de la santé »(l’émission du 21 janvier est visible sur Youtube) :

« France 5 s’associe à la médiatisation d’un chercheur militant controversé et se fait le porte-parole d’un marchand de peur. »

Une campagne de dénigrement ?

Or, le même Marc Fellous est à la tête de l’Association française de biotechnologie végétale (AFBV), un groupe de chercheurs favorables aux OGM, et donc au cœur d’un conflit d’intérêt majeur aux yeux de Gilles-Eric Séralini.

Premier à être entendu par le TGI, le scientifique caennais en costume s’exprime sur un ton calme mais déterminé. Derrière ces bisbilles entre scientifiques, il voit la volonté de nuire à tout expert qui ose remettre en cause l’innocuité des OGM.

Fondateur du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (Criigen), Gilles-Eric Séralini a notamment publié en 2009 une étude qui démontre la toxicité de trois maïs génétiquement modifiés de marque Monsanto.

Devant le juge, son avocat Bernard Darteville clame :

« C’est absolument incroyable, vous prenez le nom des adhérents [de l’AFBV], et vous vous rendez-compte qu’un certain nombre d’entre eux siègent carrément au conseil d’administration de sociétés d’agrosemence intéressées par les OGM ! »

Furieux, l’avocat énumère alors devant l’assemblée le nom des cotisants à l’AFBV. Parmi eux, beaucoup sont liés à plusieurs grandes entreprises, comme Limagro ou Rhône-Poulenc, première entreprise française à avoir investi dans les OGM.

Du côté de la défense, on souligne le manque de crédit apporté aux travaux de Gilles-Eric Séralini. L’avocat de Marc Fellous, Nicolas Bénoit, rappelle :

« La Commission du génie biomoléculaire, instance gouvernementale, a conclu que son étude n’apportait rien de nouveau au débat sur les OGM. »

Appelés à la barre, plusieurs scientifiques remettent également en cause le mode de calcul que Gilles-Eric Séralini utilise pour réaliser ses travaux.

Interrogée par Rue89, l’ancienne ministre de l’Environnement Corinne Lepage, avocate et membre du Criigen, balaye ces accusations.

Selon elle, attaquer un expert en affirmant que toutes ses études sont dénigrées par ses pairs vise à le décrédibiliser. Il s’agirait de la même stratégie utilisée dans l’affaire de l’amiante ou du Mediator : on ne discute pas du fond, on agresse la personne en disant que c’est un incompétent. (Voir la vidéo)

L’indépendance, un mot dépassé ? 

Lorsque Marc Fellous est interrogé par le TGI, le débat se resserre autour de la nature de l’Association française de biotechnologie végétale (AFBV). Le juge s’interroge :

« Dans les lettres que vous avez rédigées, comment pouvez-vous présenter votre association comme strictement indépendante si vos membres sont liés au secteur de l’agrosemence ? »

Dans la salle, les supporters de Gilles-Eric Séralini s’esclaffent, ironiques. La réponse de Marc Fellous va les indigner :

« Dans notre jargon d’experts, le mot “indépendant” est un terme qui persiste à être utilisé. Mais on devrait plus parler de transparence que d’indépendance. Ce mot est dépassé car nous sommes tous concernés par le financement des industriels. »

Il n’est pas le seul à déclencher l’ire des citoyens anti-OGM présents dans la salle. Bernard Chevassus, vice-président de la Commission du génie biomoléculaire, témoigne en faveur de Marc Fellous :

« Quand une association se déclare indépendante, il appartient aux gens de le vérifier. »

« L’argent de l’industrie n’est pas inutile »

Autre témoin, Jean Lunel, membre de l’Académie des sciences, réfute l’accusation selon laquelle Marc Fellous ait trempé dans un conflit d’intérêts. L’homme sort de la salle d’audience. Il explique à Rue89 :

« Ce n’est pas parce qu’on a des liens avec l’industrie qu’on perd toute indépendance. J’ai passé ma carrière dans l’industrie pharmaceutique, cela ne m’a pas empêché de refuser de réaliser certaines études si cela ne me convenait pas. »

Jean Lunel est soucieux. Avec ces méfiances envers le monde industriel, la France court à sa perte, selon lui :

« L’argent de l’industrie n’est pas inutile : aujourd’hui, nous pouvons effectuer le séquençage du génome des individus pour 1 000 dollars grâce aux recherches que l’industrie a financées pendant des dizaines d’années.

Je souhaiterais qu’il existe beaucoup plus de connexions entre la recherche publique et industrielle. De véritables pépites se trouvent dans nos laboratoires, mais elles partent toutes aux Etats-Unis ou au Canada. Les chercheurs en biotechnologies sont vieux et personne n’est là pour prendre la relève. »

Le jugement est mis en délibéré au 18 janvier.

Photo : un militant Greenpeace installe des pancartes anti-OGM, à Bruxelles le 24 novembre 2008 (Thierry Roge/Reuters).

Source : http://www.rue89.com/planete89/2010/11/24/diffamation-un-chercheur-anti-ogm-traite-de-marchand-de-peur-177559

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Mediator : mortel médicament

LA-D-p-che-copie-1.png    Publié le 17/11/2010 08:30 | Christine Roth-Puyo, Lionel Laparade

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L’actualité vu par le dessinateur de Charlie Hebdo Luz

Le ministre de la Santé, Xavier Bertrand recommande à tous ceux qui ont pris du Mediator de consulter un médecin. Selon la Caisse nationale d’assurance maladie, 500 personnes au moins ont déjà succombé à l’usage de cette molécule.

Pas le temps de souffler, ni de défaire les cartons. À peine franchi le perron du ministère de la Santé, Xavier Bertrand et Nora Berra, ministre et secrétaire d’État nouvellement nommés, ont eu à gérer la première crise sanitaire de leur ministère. Et pas des moindres. « Nous adressons un message à tous ceux qui ont pris du Mediator : ils doivent prendre contact et consulter un médecin traitant. Ce message s’adresse tout particulièrement à ceux qui en ont pris pendant trois mois au cours des quatre dernières années » a précisé Xavier Bertrand.

Décelé par l’Association française des diabétiques il y a deux ans et clairement mis au jour par la pneumologue brestoise Irène Frachon en juin dernier dans son livre « Mediator 150 mg. Combien de morts ? », le scandale explose aujourd’hui au grand jour. À la fois antidiabétique et utilisé comme coupe-faim par les personnes en surpoids, le Mediator a été mis sur le marché par le laboratoire Servier en 1975. Selon la Cnam, il serait depuis à l’origine de 500 à 1 000 décès et d’au moins 3 500 hospitalisations pour cardiopathie valvulaire. Il a été utilisé au total par 5 millions de patients, dont 2,9 millions pendant plus de 3 mois. « Quand le médicament a été retiré, fin 2009, 300 000 personnes en prenaient encore tous les jours et aucune d’entre elles n’a été informée des raisons de ce retrait », déplore Irène Frachon.

L’Agence française des médicaments (Afssaps) a mis du temps à réagir. Pourtant, l’interdiction du Mediator aux USA en 1997 suivis par l’Espagne et l’Italie en 2005 aurait dû lui mettre la puce à l’oreille. Plus encore, le retrait du marché dès 1997 d’un médicament du même type, l’Isoméride, aurait dû lui ouvrir les yeux – la molécule a déjà valu à Servier plusieurs condamnations en justice pour des graves problèmes cardiaques après traitement. Dans son édition d’hier, Libération se demandait d’ailleurs s’il fallait noter qu’alors, le directeur scientifique de Servier était aussi trésorier de la Société française de pharmacovigilance et de thérapeutique…

L’Assurance Maladie doit désormais rappeler chacun des patients. Et Xavier Bertrand a indiqué qu’il allait confier « une mission à l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) pour élaborer des recommandations afin de développer des études post-autorisation de mise sur le marché (post-AMM) ». Et peut-être trouver là le chaînon manquant entre les considérations qui président au profit et celles qui guident la pharmacovigilance.

Christine Roth-Puyo


Le chiffre : 5 millions

utilisateurs > Depuis 1975. Depuis sa mise sur le marché en voilà 35 ans, le Mediator a été utilisé par 5 millions de patients dont 2,9 millions pendant plus de 3 mois.


La phrase

« Certains signes, essoufflement à l’effort, œdème des membres inférieurs, fatigue inexpliquée…, pouvant évoquer une atteinte des valves cardiaques, doivent amener à consulter rapidement. » L’Agence française de sécurité sanitaire


Servier : «Des hypothèses…»

Le laboratoire Servier a contesté hier les chiffres avancés par les autorités sanitaires en estimant qu’il s’agissait d’»hypothèses fondées sur des extrapolations. « Si on rapporte le nombre de 500 décès au nombre de patients qui ont pris le Mediator sur 33 ans, on arrive à un risque de 0,005%», a fait valoir un porte-parole du laboratoire. «Mais en termes d’image de marque, c’est déplaisant», a-t-il reconnu, indiquant que Servier faisait l’objet de quatre plaintes liées au Mediator depuis son retrait.

Créé en 1954 à partir d’un laboratoire pharmaceutique racheté pour «trois fois rien» à Orléans, la «maison» Servier appartient à Jacques Servier, 88 ans. Selon le magazine Challenges, il serait la 9e fortune professionnelle de France.


décryptage

Les raisons d’un scandale sanitaire

Après l’Isoméride, le Distilbène ou encore le Vioxx (lire ci-contre), l’affaire du Mediator confirme, hélas ! que depuis la découverte des premiers scandales, la France n’est toujours pas parvenue à installer une structure efficace et indépendante de contrôle et de sécurité sanitaires. C’est en tout cas l’avis de Gérard Bapt, député PS de Haute-Garonne, cardiologue et rapporteur de la mission santé de l’Assemblée nationale, qui exige aujourd’hui une réforme de l’Afssaps, « organisation opaque et vulnérable aux conflits d’intérêts », juge sévèrement le parlementaire.

Pour Gérard Bapt, l’affaire du Mediator constitue une parfaite illustration des défaillances de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé.

Des expertises discutables. L’Afssaps délivre ses autorisations de commercialisation des médicaments sur la base d’expertises fournies par les laboratoires qui les ont produits. « Le régulateur public devrait conduire des études contradictoires », suggère le député.

Une structure « autiste ». En 1997, l’Isoméride, médicament « souche » du Mediator, est interdit aux Etats-Unis. Là-bas, les deux laboratoires qui ont racheté le brevet à Servier sont l’objet de poursuites collectives et condamnés à payer un milliard de $. En Europe, la molécule est légèrement modifiée, rebaptisée Mediator et commercialisée en France jusqu’en 2009, alors que l’Espagne et l’Italie l’ont interdite dès 2005 et que la même année, la revue médicale « Prescrire » recommande son retrait. « La longévité du médicament dans l’Hexagone, où il a pourtant été proposé au déremboursement dès 1999, au vu de son peu d’intérêt thérapeutique, s’explique-t-elle par l’origine française du laboratoire Servier ? », feint de s’interroger le député de Haute-Garonne.

Des experts sous influence. « Lorsque le dossier Mediator arrive à la table de la commission de mise sur le marché de l’Afssaps, l’un des experts est le mari d’une responsable de service chez Servier. Il est établi que le laboratoire était destinataire des mails qu’échangeaient les membres de la commission », s’indigne Gérard Bapt, qui a demandé la démission de son président cet été. « A ce jour, il occupe toujours son poste et compte, depuis le 6 novembre, au nombre des récipiendaires de la Légion d’Honneur », observe l’élu qui, en l’état de l’Afssaps, ne serait pas étonné de voir surgir de nouveaux scandales sanitaires…

Lionel Laparade


Servier : «Des hypothèses…»

Le laboratoire Servier a contesté hier les chiffres avancés par les autorités sanitaires en estimant qu’il s’agissait d’»hypothèses fondées sur des extrapolations. « Si on rapporte le nombre de 500 décès au nombre de patients qui ont pris le Mediator sur 33 ans, on arrive à un risque de 0,005%», a fait valoir un porte-parole du laboratoire. «Mais en termes d’image de marque, c’est déplaisant», a-t-il reconnu, indiquant que Servier faisait l’objet de quatre plaintes liées au Mediator depuis son retrait.

Créé en 1954 à partir d’un laboratoire pharmaceutique racheté pour «trois fois rien» à Orléans, la «maison» Servier appartient à Jacques Servier, 88 ans. Selon le magazine Challenges, il serait la 9e fortune professionnelle de France.


interview

«Le temps des explications est venu»

Gérard Raymond, président de l’Association française des diabétiques.

Êtes-vous surpris par les révélations sur le Mediator ?

Pas vraiment. Ce médicament est utilisé depuis 1976 par les personnes diabétiques qui connaissent ce produit et son histoire jalonnée de polémiques. Pour le grand public, il s’agit certainement d’une découverte, mais les diabétiques savent depuis des années que le Mediator peut produire des effets secondaires graves. D’ailleurs, lorsque le produit a été retiré du marché en 2009, nous avons été soulagés. Aujourd’hui, le temps des explications est venu.

A quoi vous attendez-vous ?

La communauté que je représente n’a pas l’intention de hurler avec les loups. Nous demandons à l’Afssaps de prendre ses responsabilités, tout comme au laboratoire Servier ainsi qu’aux prescripteurs qui ne pouvaient pas ignorer le risque d’atteinte des valves cardiaques auquel pouvaient être exposés les consommateurs de Mediator. Je rappelle que depuis les années 2000, le recours à cette molécule était devenu marginal parmi les personnes malades du diabète qui se sont tournées, alors, vers des stratégies médicamenteuses plus efficaces. Pendant une trentaine d’années, les diabétiques ont été traités par Mediator sans constater de réelles améliorations de leur état de santé. Et lorsque les malades du diabète s’en sont détournés, le Mediator a, disons, été recyclé à d’autres fins : l’amaigrissement.

On sait que les effets secondaires du Mediator peuvent se manifester plusieurs années après la fin du traitement. Sentez-vous les malades du diabète inquiets ?

La communauté que je représente a toujours été sensibilisée aux risques du Mediator et à ses effets secondaires. Aujourd’hui comme hier, nous recommandons aux personnes inquiètes de consulter leur médecin et de solliciter un check-up cardiaque.

Recueilli par L.L.


« En l’espace de trois mois, j’ai perdu 40 kilos »

Les témoignages glanés sur la toile sont confondants. Certains remontent à 2006 et renvoient au grand marché organisé sur le Net. À ses risques et périls ? Éléments d’appréciation.

15 juillet 2009. Colplay sur aufeminin.com. « Salut les filles. Serait-il possible que l’une de vous me procure un médicament Mediator, car j’en ai vraiment besoin pour perdre du poids. Il s’avère que celui-ci a un effet très efficace mais il me semble qu’il n’est délivré que sur ordonnance. Il reste donc inaccessible pour moi. Je règle bien sûr la somme intégrale à qui me fournira. »

30 janvier 2010. Momone 142. « Ce médicament vient d’être retiré de la vente et surtout interdit. J’en prenais depuis 10 ans, il m’avait été prescrit contre le sucre et les triglycérides. Il ne m’a jamais fait maigrir. Par contre j’ai arrêté puisqu’on ne le fait plus, je suis en sevrage, c’est terrible à supporter. Regardez ce que veut dire le benfluorex (100/100 médiator) c’est de l’amphétamine. ça veut dire que pendant 10 ans j’ai été droguée par un médicament apparemment inoffensif. »

16 novembre 2010. Yvan Bakaric a pris pendant deux ans du Mediator. « J’étais tellement maigre et pâle que les gens que je connais ne me reconnaissaient pas dans la rue. J’étais certain que j’allais y passer, j’avais préparé mon costume noir comme ça si ça arrivait, ma famille n’aurait pas de souci », témoigne à l’AFP ce retraité du bâtiment âgé de 70 ans. Yvan Bakaric s’est vu prescrire du Mediator en 2006 pour soigner son diabète, avec trois comprimés par jour. Mais deux ans plus tard, il commence brusquement à perdre l’appétit et à maigrir, de manière « considérable ». « En l’espace de trois mois, j’ai perdu 40 kilos ».


Les précédents

Août 2001. Bayer retire brutalement du marché son médicament leader, une statine anti-cholestérol. Il est utilisé dans le traitement de l’hypercholestérolémie. Raison invoquée : la mort aux États-Unis de 52 malades traités par l’association Cérivastatine- gemfibrozil (Lipur) à dose double ou triple de celle de la France.

30 septembre 2004, retrait du Vioxx. Au vu d’une de ses études démontrant que les patients utilisant cette molécule couraient deux fois plus de risques de crise cardiovasculaire au bout de 18 mois, Merck retire le Vioxx de la circulation. Cette molécule aurait provoqué 28 000 infarctus aux USA.

Fin 2004, la crise. À la suite du Vioxx, cinq autres grands médicaments sont mis en accusation : l’anti-cholestérol Crestor d’AstraZeneca (problèmes de reins et affections musculaires), l’anti-acnéique Roaccutane de Roche, l’anti-asmathique Serevent de GlaxoSmithKline, le Bextra (anti inflammatoire) de Pfizer.

Contrefaçon. Il serait faux de croire que la contrefaçon des médicaments revient aux seuls pays en voie de développement. 30 % des contrefaçons alimentent l’Europe.

Source : http://www.ladepeche.fr/article/2010/11/17/949992-Mediator-mortel-medicament.html

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Alerte au Mediator : pourquoi l’Afssaps réagit-elle si tard ?

rue89_logo-copie-1.gif  Par Marie Kostrz | Rue89 | 16/11/2010 | 23H19

Le Mediator, médicament antidiabétique commercialisé depuis 1976 et utilisé comme coupe-faim, aurait entraîné la mort de 500 patients selon les autorités sanitaires. Pourquoi une telle lenteur dans leur réaction ?

Un an après avoir interdit la commercialisation du Mediator, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a annoncé qu’il pourrait être mortel. Quelque 3 500 personnes auraient été hospitalisées pour valvulopathie, une maladie entraînant des lésions des valves cardiaques et 500 personnes seraient décédées à cause de ce médicament.

Le périmètre exact des victimes ne sera pas simple à établir, comme le précise Charles Joseph-Oudin, avocat de douze victimes du Mediator, joint par Rue89 :

« Certains patients ont du être opérés à cœur ouvert et auront des séquelles toute leur vie. De plus, il faut que les patients récupèrent toutes les pièces de leur dossier médical pour prouver le lien entre leur maladie et le médicament, ce qui est très laborieux. »

Xavier Bertrand, ministre de la Santé, a encouragé les utilisateurs de Mediator à consulter leur généraliste. (Voir la vidéo)

"Médiator, 150 mg, combien de morts ?" d'Irène Frachon.L’annonce par l’Afssaps n’étonne pas le docteur Irène Frachon, auteure de « Médiator, 150 mg, combien de morts ? ». Pneumologue au CHU de Brest, cela fait plusieurs années qu’elle s’évertue à dénoncer la dangerosité du médicament :

« Commercialisé depuis 1976, le Mediator, composé de la molécule benfuroex, présente la même particularité que l’Isoméride, un coupe-faim conçu par les laboratoires Servier et interdit en France depuis 1997.

C’est une substance qui, une fois ingérée, se transforme en un poison redoutable, la norfenfluramine, entraînant des troubles cardio-vasculaires graves. »

« Combien de morts ? », sous-titre censuré en librairie

Il aura fallu du temps pour que la mise en garde d’Irène Frachon soit prise au sérieux : en juin, le tribunal de Brest l’avait ainsi condamnée à supprimer le sous-titre « Combien de morts ? » de son ouvrage. Le laboratoire Servier, qui avait intenté le procès, niait que son médicament soit mortel.

Pourtant, en 1998, l’Afssaps a mis en place un suivi de pharmacovigilance. Selon le gendarme sanitaire, il était en effet impossible d’ignorer que l’existence d’un point commun entre l’Isoméride et le Médiator, la norfenfluramine, puisse potentiellement entraîner des risques de lésions cardio-vasculaires :

« On ne pouvait exclure, malgré les différences de classe thérapeutique et de mécanisme d’action principal, que la présence d’un métabolite commun avec les anorexigènes retirés du marché puisse être à l’origine de risques de lésions cardio-vasculaires analogues à celles qui avaient été détectées pour les anorexigènes en 1997 aux Etats-Unis. »

Des habitudes différentes en France et aux Etats-Unis ?

L’Agence ne suspend pas la commercialisation du produit pour autant. Il faudra attendre douze ans pour que l’Afssaps interdise la vente du Mediator. Fabienne Bartoli, adjointe au directeur général de l’Afssaps, interrogée par Rue89, réfute toute accusation de négligence :

« L’Isoméride a été retiré du marché car il entraînait des risques cardio-vasculaires. C’est à ce titre que nous avons déclenché un suivi de pharmacovigilance. Or, les cas d’hypertension liés au Mediator ont été très peu nombreux. Nous n’avions donc pas de raisons de le retirer du marché.

De plus, nous n’avons pas surveillé les cas de valvulopathie pouvant être liés au Mediator dans les années 90. En effet, les cas répertoriés aux Etats-Unis étaient causés par la consommation simultanée d’Isoméride et de Phentermine, un autre médicament. Comme ce n’était pas une habitude des Français, nous n’avions pas de raisons de penser que de tels cas puissent apparaître en France. »

Un député a mené l’enquête

Le premier cas de valvulopathie a été répertorié en France en 2006. A ce moment-là, l’Afssaps déclare avoir inspecté des études complémentaires, qui ont débouché sur l’interdiction du Mediator en 2009.

Engagé depuis longtemps sur ce sujet, Gérard Bapt, député PS de Haute-Garonne et cardiologue, dénonce le manque de réaction des autorités sanitaires. Selon lui, il y a eu une négligence évidente de l’Afssaps. Dans une lettre adressée à l’ordre des pharmaciens en septembre, il alertait sur les propos contradictoires tenus par les laboratoire Sevier sur la nature de Médiator :

« Le 7 avril 2008, monsieur Pierre Schiavi, directeur scientifique de Servier, affirmait que “le Médiator se distinguait radicalement des fenfluramines tant en termes de structure chimique et de voies métaboliques que de profil d’efficacité et de tolérance”.

En 1970, ce sont pourtant deux chercheurs de Servier, à l’occasion d’un congrès, qui avaient intégré le Benfluorex comme membre de la famille des fenfluramines. »

L’Afssaps aurait du remarquer ce changement de discours, estime-t-il.

Dès 2007, le guide pratique des médicaments Dorosz classe également le Médiator parmi les substances dérivés de la fenfluramine, responsable d’effets indésirables cardiovasculaires graves. Laurent Sorcolle, conseiller en communication chez Sarier, se retranche derrière les demi-mots de l’Afssaps :

« Les chiffres avancés par l’Afssaps sont une extrapolation à partir de groupes tests de patients examinés depuis 2006. On ne peut être sûr de rien, l’Afssaps a d’ailleurs utilisé le conditionnel pour parler du nombre de décès provoqués par le Mediator. »

Source : http://www.rue89.com/2010/11/16/alerte-au-mediator-pourquoi-lafssaps-reagit-elle-si-tard-176282

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Mediator, coupe-faim dangereux et longtemps toléré

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Par ERIC FAVEREAU

Deux études ont confirmé, hier, que le médicament a tué plus de 500 personnes.

On pouvait imaginer qu’après l’affaire du sang contaminé, puis celle de l’hormone de croissance, et surtout avec la création des agences de sécurité sanitaire, les pouvoirs publics s’étaient donné les moyens de répondre efficacement aux dangers éventuels de certains médicaments ou pratiques médicales.

Patatras. Voilà qu’une nouvelle affaire leur explose à la figure : celle du Médiator, médicament coupe-faim produit par le laboratoire français Servier. Non seulement ce produit était inefficace, mais il se révèle dangereux. Hier, lors d’une réunion de la commission nationale de pharmacovigilance, deux études – l’une élaborée par la Cnam et l’autre par l’épidémiologiste Catherine Hill – confirment les premiers travaux qu’avait révélés le Figaro le mois dernier. Le Médiator serait bel et bien responsable de la mort de 500 à 1 000 patients. Et ce matin, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), fortement mise en cause dans la gestion de ce dossier, va annoncer une série de mesures, dont une campagne d’information pour rechercher tous les patients qui ont pu prendre ce qui ne devait être qu’un médicament de confort.

Hypertension.«Cette affaire est gravissime, explique le député socialiste Gérard Bapt, responsable de la mission santé sur l’assurance maladie. Non seulement elle met en cause gravement le laboratoire Servier, mais aussi l’Afssaps.» Réponse, hier, de Jean Marimbert, directeur de l’Afssaps : «Il est facile de réécrire l’histoire. Peut-être n’avons-nous pas été assez rapides, mais on ne pouvait inventer des données que l’on n’avait pas.» Certes… Mais il n’y a qu’en France qu’une telle catastrophe a eu lieu.

Reprenons. Jusque dans les années 1990, les laboratoires Servier étaient leader sur le marché des coupe-faim, type anorexigène (provoquant une anorexie momentanée), avec deux produits : l’Isoméride puis le Médiator. Rapidement, le premier se montre dangereux, provoquant, entre autres, de l’hypertension pulmonaire artérielle (HTPA). En France, il sera interdit, non sans mal, en 1997. Et le Médiator ? Il continue, du moins dans l’Hexagone, son petit bonhomme de chemin. De formulation chimique légèrement différente de l’Isoméride, il est proche de la famille des fenfluramines. On sait que le risque de HTPA peut exister, comme l’atteinte des valves cardiaques. Mais qu’importe, on continue. En 1999, la commission de transparence rend son avis. Service médical rendu du Médiator ? «Insuffisant.» Ce n’est pas grave, on continue, et on le rembourse à 65%. Il est normalement réservé aux diabétiques en surpoids.

Plaintes. En février 1999, un médecin, le Dr Chiche, fait une première déclaration d’insuffisance aortique chez un patient ayant reçu du Médiator. On continue. Alors que de nombreux pays, dont les Etats-Unis, retirent ce produit, les laboratoires Servier se démènent pour dire que le Médiator n’a rien à voir avec l’Isoméride. Plus de 300 000 patients en reçoivent chaque année. Pour un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros.

Bien souvent, ce sont des généralistes qui en prescrivent, mano largo, en dehors des recommandations cliniques. Mais on laisse faire. Faut-il noter qu’alors, le directeur scientifique de Servier est aussi trésorier de la Société française de pharmacovigilance et de thérapeutique ?

Il faudra attendre 2009 pour que les choses changent, quand une pneumologue hospitalière de Brest, le Dr Irène Frachon, est étonnée par des patients qu’elle reçoit. «Rétrospectivement, c’était comme le nez sur la figure, et pourtant on ne le voyait pas», raconte-t-elle. En juillet 2009, une étude brestoise, faite sans moyens, tombe : «70% des malades souffrant d’atteintes inexpliquées de leur valve mitrale ont été exposés à une prise de Médiator.» En novembre 2009, l’Afssaps se décide à suspendre le Médiator. Comment justifier pareille lenteur ? «Nous n’avions, jusqu’à la fin 2008, qu’un seul cas confirmé de la valvulopathie cardiaque», se défend Jean Marimbert. «Et je ne pouvais pas prendre une décision sur ce seul cas. Mais c’est vrai, il nous a manqué des éléments de surveillance épidémiologique pour croiser les données.»

Une dizaine de plaintes ont été déposées. On attend la réaction de la nouvelle secrétaire d’Etat à la Santé, Nora Berra, qui a été pendant dix ans salariée de l’industrie pharmaceutique.

Source : http://www.liberation.fr/societe/01012302450-mediator-coupe-faim-dangereux-et-longtemps-tolere

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Alex TÜRK: La CNIL dénonce Big Brother / Conférence à l’AN sur LCP c’est Ahurissant!

MEDIAPART  30 Août 2010 Par Jean REX


Sur le Site Officiel LeLibrePenseur

 

  Une vidéo ahurissante du président de la CNIL, Alex TÜRK, qui alerte fermement les pouvoirs publics contre les dangers réels d’internet et  des entreprises qui détiennent les informations personnelles des internautes. Les risques de big-brotherisation sont réels et concrets : Réseaux sociaux, nanotechnologies, RFID, profilage économique… etc. Tout y passe !

Ce que l’on dénonce depuis des années en se faisant traiter de fous paranoïaques est devenu maintenant réalité mais hélas trop tard… Les déclarations sont maintenant officielles et passent sur la chaîne parlementaire mais y a-t-il seulement des oreilles pour entendre ou des cerveaux pour réfléchir ?!

 


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COMMUNIQUE DE PRESSE : Les Antilles françaises : le rapport Belpomme confirmé

ARTAC LE 22 JUIN 2010

Un article publié le 21 juin 2010 dans le Journal of clinical oncology, rapportant les résultats d’une étude épidémiologique réalisée en Guadeloupe – l’étude Karuprostate [1] – confirme enfin sans ambigüité ce qu’avait énoncé dès 2007 le Pr. D. Belpomme dans son fameux rapport [2] qui à l’époque avait été fortement critiqué, à savoir que les pesticides organochlorés dont le chlordécone sont une cause majeure des cancers de la prostate observés dans les Antilles Française. L’étude Karuprostate confirme donc non seulement le bien fondé du « rapport Belpomme » mais aussi les travaux de biologie et d’écotoxicologie réalisés par l’ARTAC concernant les cancers de la prostate [3] en particulier en Martinique [4].
Il est donc mis fin à une contestation politique dérisoire ayant tenté de discréditer le Pr. Belpomme en tant que médecin et scientifique et ayant visé à étouffer une affaire beaucoup plus sérieuse que celle du sang contaminé, puisqu’elle concerne de prés ou de loin environ un million d’antillais. En effet, l’affaire est d’autant plus grave que selon les travaux de l’ARTAC, les pesticides CMR (cancérigènes, mutagènes et/ou toxiques pour la reproduction) ou présumés CMR peuvent rendre compte de l’augmentation d’incidence non seulement des cancers de la prostate, mais aussi des cancers du sein, en raison d’un mécanisme commun de perturbation endocrinienne [5].
La science est coercitive, on ne peut se masquer les yeux et continuer à faire une politique de l’autruche bradant la santé publique et le bien être de nos concitoyens, en permettant la poursuite de l’utilisation en grande quantité de pesticides CMR, qu’ils soient organochlorés ou non, dans notre pays, et a fortiori dans des îles aux ressources en eau douce et terre arable limitées.
[1] Multigner L., Rodrigue Ndong J., Giustiet A. et al. Chlordecone Exposure and Risk of Prostate Cancer. J. Clin. Oncol. 2010. DOI: 10.1200/JCO.2009.27.2153.
[2] Belpomme D. Rapport d’expertise et d’audit externe concernant la pollution par les pesticides en Martinique. Conséquences agrobiologiques, alimentaires et sanitaires et proposition d’un plan de sauvegarde en cinq points.
Disponible à l’adresse suivante : http://www.artac.info/images/telechargement/Rapport%20Martinique.pdf
[3] Belpomme D, Irigaray P, Ossondo M, Vacque D, Martin M. Prostate cancer as an environmental disease: an ecological study in the French Caribbean islands, Martinique and Guadeloupe. Int J Oncol. 2009 Apr;34(4):1037-1044.
Belpomme D, Irigaray P, Landau-Ossondo M, Martin M. The growing incidence of prostate cancer in the French Caribbean islands, Martinique and Guadeloupe: A possible causal role of pesticides. Int J Oncol. 2009 Aug;35(2):433.
[4] Belpomme D, Irigaray P. Re: Prostate Cancer Diagnosis and Treatment After the Introduction of Prostate-Specific Antigen Screening: 1986-2005. JNCI Journal of the National Cancer Institute. 2010 April; 102(7): 506-507.
[5] Landau-Ossondo M, Rabia N, Jos-Pelage J, Marquet LM, Isidore Y, Saint-Aimé C, Martin M, Irigaray P, Belpomme D.Why pesticides could be a common cause of prostate and breast cancers in the French Caribbean Island, Martinique. An overview on key mechanisms of pesticide-induced cancer. Biomed Pharmacother. 2009. Jul;63(6):383-395.

Voir le document au format PDF.

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Nanotechnologies : « Eviter que l’histoire de l’amiante ne se répète »

BASTA !

Par Agnès Rousseaux (25 mai 2010)

En France, plusieurs milliers de salariés, dans l’industrie ou la recherche, sont exposés aux nanoparticules. Sont-ils suffisamment protégés et informés ? La médecine du travail peut-elle dépister d’éventuelles pathologies pulmonaires ou cancers liés aux nanomatériaux ? Il faut se rendre en Suisse pour le savoir : la Suva, première caisse d’assurance pour les travailleurs suisses, a publié des recommandations sur la manipulation des nanoparticules. Entretien avec le docteur Marcel Jost, chef de la division

Médecine du travail.

Plusieurs milliers de salariés français pourraient être directement concernés, en particulier dans la chimie, l’industrie automobile, la sidérurgie ou le ciment : « Selon l’état actuel des connaissances, on ne peut pas exclure que certains nanomatériaux présentent un risque pour la santé », prévient la médecine du travail suisse. Des spécialistes y étudient depuis cinq ans l’évolution des nanotechnologies et leurs possibles effets sur la santé des salariés qui les manipulent. Basta ! a interviewé en exclusivité les médecins du plus important organisme d’assurance-accidents obligatoire du pays : la Suva [1] assure près de 110.000 entreprises, soit 2 millions d’actifs en Suisse. Cette entreprise indépendante assume entre autres les tâches de médecine du travail, de prévention et de médecine des assurances. Son conseil d’administration est composé de représentants des employeurs et des salariés, ainsi que du gouvernement helvétique.

C’est le docteur Marcel Jost, Médecin-chef de la division Médecine du travail de la Suva, qui a répondu à notre interview, avec le concours du Dr Claudia Pletscher, cheffe du secteur Prévention en médecine du travail, et du Dr Marc Truffer, directeur de la division Sécurité au travail pour la Suisse romande.

Basta ! : Depuis combien de temps la médecine du travail suisse s’intéresse-t-elle aux nanotechnologies et quels sont les risques potentiels ?

Dr Marcel Jost [2] : Les nanoparticules et les particules ultrafines sont absorbées avant tout par les voies respiratoires. Elles peuvent être à l’origine de réactions inflammatoires. Les nanotubes de carbone ont une structure similaire à celle des poussières fibreuses telles que l’amiante. Plusieurs études expérimentales conduites chez l’animal ont été publiées : elles montrent que ces nanotubes de carbone ont un effet cancérigène, pour autant que la géométrie et la taille de leurs fibres leur permettent de pénétrer dans les poumons [3] et que ces fibres soient biopersistantes. Depuis 5 ans, la division médecine du travail de la Suva suit étroitement l’évolution des nanotechnologies et la littérature dans ce domaine. Dans les pays environnants, les responsables de la médecine du travail suivent également de près cette évolution.

Une entreprise qui utilise des nanoparticules est-elle obligée de le déclarer ? Peut-on savoir combien de salariés sont concernés par cette exposition ?

Il n’y a pas d’obligation pour les entreprises de déclarer l’utilisation de nanoparticules, en Suisse. Afin de déterminer le nombre de travailleurs susceptibles d’être exposés aux nanoparticules, la Suva a cofinancé une étude scientifique de l’Institut universitaire romand de Santé au Travail (IST). C’est une première mondiale. Ce nano-inventaire se fonde sur une enquête représentative réalisée auprès d’un échantillon de 1626 entreprises [4]. Les résultats montrent qu’en Suisse, 1.300 travailleurs réalisent des opérations mettant eu œuvre des nanoparticules [5]. Cela concerne 600 entreprises (soit environ 0,6%) du secteur industriel.

Dans quels secteurs les nanotechnologies sont-elles présentes ?

La plupart de ces entreprises se trouvent dans l’industrie chimique, mais aussi dans les secteurs du commerce en général, de l’électrotechnique, des équipementiers de l’industrie automobile, du traitement de surfaces ou du traitement de pierres, céramique et verre. Les volumes travaillés de nanoparticules sont généralement faibles. En Suisse, il n’y a que peu d’entreprises qui utilisent les nanoparticules en grande quantité, à l’échelle de la tonne.

Quels sont aujourd’hui les principaux procédés de production de nanoparticules, et comment les travailleurs peuvent-ils être exposés à ces nanoparticules ?

Les nanoparticules sont généralement produites par des processus de combustion puis de condensation de matière. Sous forme de poudre, ces particules sont utilisées depuis des années comme additif dans des formulations et pour des revêtements de surface. Les situations dangereuses se rencontrent majoritairement lors de la manipulation de ces poudres. Il s’agit principalement de l’exposition des voies respiratoires à des nanoparticules dispersées dans l’air ambiant autour du poste de travail.

Comment mesure-t-on la présence de nanoparticules ? Peut-on évaluer l’exposition des travailleurs aux nanoparticules et avoir une vision fiable des risques encourus ?

Des appareils de mesures complexes sont nécessaires pour évaluer le niveau d’exposition des travailleurs et contrôler l’efficacité des mesures de protection. Les appareils utilisés jusqu’ici – type « Scanning Mobility Particle Sizer » (SMPS) – étaient volumineux, énergivores et peu conviviaux pour une utilisation mobile aux postes de travail. Un nouvel appareil de mesure a été mis au point avec l’aide de la Suva [6]. Il peut être transporté dans un sac à dos et permet de fournir, pour la première fois, des valeurs d’exposition individuelle à chaque poste de travail. Sa fiabilité est largement suffisante pour évaluer les risques d’exposition pour le travailleur, qui varient parfois d’un facteur 1000 entre deux postes de travail.

Établir des valeurs limites d’exposition pour les nanoparticules synthétiques est difficile. Il existe de très nombreux types de nanoparticules présentant des toxicités diverses et encore peu connues. L’effet des nanoparticules peut varier considérablement, en fonction de leurs tailles en plus de leurs propriétés physico-chimiques. Les études réalisées à ce jour ne permettent pas de définir de relations dose-effet claires pour les nanoparticules. L’objectif de la Suva est de publier des chiffres de référence pour certaines nanoparticules en 2011. Aucune valeur limite n’a encore été publiée à l’échelle internationale [7].

Quelles sont les mesures de protection existantes pour les travailleurs ?

Sur le plan de la protection des travailleurs, notre nano-inventaire montre que les entreprises ont tendance à se concentrer sur les équipements de protection individuelle des travailleurs. L’expérience montre que des mesures techniques, telles que le confinement et l’aspiration à la source, permettent d’obtenir une protection plus efficace et durable. Notre objectif est donc de « mettre des masques aux machines » et non aux travailleurs ! En 2006, la Suva était l’un des premiers assureurs contre les accidents et maladies professionnels en Europe à publier des recommandations concrètes sur l’exposition aux nanoparticules aux postes de travail. Aujourd’hui, l’Institution italienne pour l’assurance contre les accidents du travail (INAIL) a repris les différents documents de notre site internet.

Les lacunes d’information sur les produits utilisés constituent un autre problème. Certaines entreprises utilisent des nanoparticules sans même en avoir conscience. Même si la situation est plutôt rare, il faudrait légiférer sur ce sujet. Un « devoir de déclaration » est évoqué dans le plan d’action national développé par la Confédération suisse. Une déclaration du producteur est déjà possible sur la fiche de données de sécurité du produit.

Comment s’opère le suivi sanitaire des travailleurs exposés aux nanotechnologies dans le cadre de leur travail ? Ces salariés bénéficient-ils d’un suivi spécifique par les médecins du travail ?

Les médecins du travail de la Suva s’emploient à contrôler les entreprises pour déterminer s’il existe une exposition aux nanoparticules. La Suva a développé en 2009 un programme pour les travailleurs exposés, qui comprend une anamnèse ciblée, un examen clinique, des analyses biologiques, un contrôle de la fonction pulmonaire, un électrocardiogramme ainsi qu’une radiographie cardio-thoracique en alternance. Ces examens s’adressent aux travailleurs exposés aux nanoparticules et aux nanotubes dans le cadre de la recherche, des laboratoires, d’études pilotes et de la production. Mais il n’existe pas à ce jour de test de dépistage spécifique des maladies qui seraient provoquées par des nanoparticules.

Selon votre organisme, « aucune étude pratiquée sur des travailleurs exposés aux nanoparticules et atteints de maladies professionnelles spécifiques n’a encore été publiée à ce jour dans les pays occidentaux ». Pensez-vous que les entreprises et les pouvoirs publics consacrent suffisamment de moyens aux études toxicologiques nécessaires pour améliorer la protection des travailleurs ?

De très nombreux projets de recherche sur les risques des nanoparticules et des nanotubes de carbone sont réalisés et soutenus, tant au niveau national qu’international. La Suva subventionne de tels projets. Elle apporte en outre son soutien au développement de nouveaux instruments de mesure. Ceci étant dit, il faut rappeler que c’est la pratique régulière d‘examens de prévention en médecine du travail et leur exploitation qui représente un instrument essentiel pour la détection précoce des éventuels effets délétères des nanoparticules chez les travailleurs exposés.

Vous évoquez la possibilité de « lésions tardives dues à une exposition aux nanoparticules en l’absence de mesures de protection appropriées ». Risquons-nous un nouveau scandale sanitaire comme celui de l’amiante ?

Compte tenu de la géométrie de leurs fibres et de leur biopersistance, il est possible que les nanotubes de carbone aient des effets similaires à ceux des fibres d’amiante. Mais les enseignements tirés de l‘expérience avec l’amiante ont conduit la Suva à suivre précocement les développements dans le domaine des nanotechnologies. Nous avons défini des mesures de protection pour faire en sorte que l‘exposition aux nanoparticules et aux nanotubes de carbone demeure aussi faible que possible. Les principes ALARA (as low as reasonnably achievable, aussi faible que cela est raisonnablement faisable), bien connus en matière de prévention, de même que la prudence en matière de manipulation des nanoparticules, ont ainsi fait la preuve de leur efficacité. Grâce à cette approche et moyennant une information transparente sur les risques et les mesures de protection à prendre, nous voulons éviter que l’histoire ne se répète.

Les instituts technologiques suisses sont très actifs sur le plan international et mènent de nombreux projets dans les nanotechnologies. Les organismes internationaux donnent également lieu à des échanges concernant la protection des travailleurs. On peut citer les programmes et réseaux internationaux NanoSafe et NanoImpactNet qui se préoccupent activement des aspects de sécurité et de santé. L’ensemble de la communauté internationale a pris conscience de la nécessité d’éviter un effet de non-acceptation dû à des lacunes de communication et d’évaluation des risques, similaire à celui observé avec les OGM. 

N’y a-t-il pas un paradoxe entre les mesures de protection préconisées pour les salariés exposés, et l’absence de protection des consommateurs, qui se retrouvent en contact avec les nanoparticules, voire même en ingèrent dans leur alimentation ?

En matière de protection des salariés, on s’intéresse surtout à l’inhalation des nanoparticules et à leur possible effet délétère sur les voies respiratoires et les poumons. Des effets toxiques systémiques sont aussi possibles après l‘absorption de nanoparticules au niveau des alvéoles et leur passage dans les vaisseaux pulmonaires. Les nanoparticules qui atteignent la peau, via des cosmétiques par exemple, n’agissent pas sur les voies respiratoires. Mais on ignore encore si de telles nanoparticules peuvent être absorbées par une peau intacte en quantités significatives. La réglementation des nanoparticules dans les articles de consommation courante en Suisse ne relève pas de la compétence de la Suva.

Propos recueillis par Agnès Rousseaux

Source :

http://www.bastamag.net/article988.html

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Bitume: Eurovia reconnue coupable

logo france2     Publié le 10/05/2010 | 23:33

Eurovia (filiale du groupe Vinci) a été reconnue coupable de “faute inexcusable” dans la mort d’un ouvrier

La veuve de l'ouvrier du bitume mort en 2008 et son avocat le 10 Mai 2010

La veuve de l’ouvrier du bitume mort en 2008 et son avocat le 10 Mai 2010

AFP/PHILIPPE DESMAZES

Le tribunal des affaires de sécurité sociale (TASS) de Bourg-en-Bresse “a pu trouver que la conjonction de projections, voire d’inhalations, du bitume avec les UV favorisait, soit le risque né des UV, soit le risque né du bitume”.

Eurovia a annoncé qu’elle faisait appel.

L’affaire avait débuté à la suite du décès, le 3 juillet 2008, à 56 ans, de José-Francisco Serrano Andrade, ouvrier spécialisé dans l’épandage du bitume et du macadam sur les routes et autoroutes, atteint d’un cancer de la peau qui s’était déclaré sur le visage.

Lors de l’audience le 12 avril, l’avocat d’Eurovia , Me Franck Dremeaux, avait estimé que la maladie de M. Andrade avait été “provoquée par une exposition excessive au soleil et non par l’inhalation de produits toxiques”. De son côté, l’avocat de la famille Andrade, Me Jean-Jacques Rinck, avait souligné que l’ouvrier était “mort d’avoir inhalé trop d’émanations de bitume, reconnues comme éminemment cancérigènes”.

“Le TASS ne peut être considéré comme ayant établi une jurisprudence mais comme ayant proposé un début de jurisprudence, car ce dossier  ne peut s’arrêter à un tribunal de premier degré”.

La décision du TASS a été accueillie avec beaucoup d’émotion par la veuve et les deux fils de José Francisco Serrano Andrade. L’avocat de la famille a salué cette “première nationale professionnelle”: “C’est la première fois qu’un tribunal en France reconnaît qu’il existe un lien  entre la maladie professionnelle de M. Andrade, sa mort atroce, et les fumées cancérigènes toxiques dans le bitume  étendu à 150 degrés sur les routes”, s’est
félicité Me Jean-Jacques Rinck.

Me Rinck a également appelé les pouvoirs publics “au titre du principe de précaution”, à “s’emparer immédiatement de ce dossier comme ils l’ont fait pour l’amiante” et à “légiférer avec les scientifiques pour interdire en France l’usage du bitume  et du goudron”.

Source :

http://info.france2.fr/france/bitume-eurovia-reconnue-coupable-62968960.html

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Nanotechnologies : tout ça pour des chaussettes qui ne puent pas !

rue89_logo-copie-1.gif    Par Le Yéti | yetiblog.org | 29/03/2010 | 11H46

L’honorable Afsset vient de publier un rapport d’expertise sur les risques éventuels, pour la santé et l’environnement, liés à certains nanomatériaux manufacturés. Parmi les nombreux produits suspectés, les inénarrables et emblématiques chaussettes qui ne voulaient plus puer des pieds.

C’est bien des humains, ça ! Connaissez-vous une espèce animale qui exècre à ce point schizophrénique TOUT ce qui lui sort du corps : sueur, sang, urine, odeurs diverses… ? Et jusqu’au corps lui-même, souilleur d’âmes immortelles.

Au point de s’intoxiquer de désodorisants remplis de saloperies chimiques, de se dissimuler sous des couches de produits maquillants (des « effaceurs de gueule », disent mes filles). Ou de s’inventer des chaussettes inodores !

La quête frénétique de pureté et d’immortalité

Voici nos malheureux humains lancés dans une ruée frénétique (scientifique disent-ils) vers tout ce qui peut mettre à raison cette nature malodorante et poisseuse, si épouvantablement éphémère et imparfaite.

Ainsi de ces fameuses nanotechnologies, produit de notre génie allumée, qui visent ni plus ni moins qu’à faire la nique aux règles naturelles élémentaires. Pire, à se substituer carrément à elles.

Seulement voilà, ces tentatives de domination ne marchent pas à tous les coups. Et même pas souvent, et beaucoup moins longtemps qu’on voudrait l’espérer.

Qu’une vulgaire tempête Xynthia passe par là et notre volatile humain se retrouve cul par dessus tête à se demander ce qui lui arrive. Certains des produits qu’il croyait miracles (l’amiante, par exemple) l’envoient presto six pieds sous terre plutôt qu’au septième ciel.

Or l’expertise de l’Afsset fait ressortir que nos fiers nanoproduits contiendraient des substances dangereuses et hautement toxiques :

  • nanoparticules de dioxyde de titane (ciment autonettoyant et lait solaire)
  • silice alimentaire à l’état nanométrique dans certains aliments
  • nanoparticules d’argent (chaussettes antibactériennes)

Une tentative glauque et dérisoire de transgresser les règles naturelles

Foutus de s’empoisonner pour des bricoles aussi insignifiantes que des pieds qui s’obstinent à vouloir faire sentir leur existence, les pauvres petits !

Oh, rien encore de totalement probant dans ces constats. L’Afsset n’en est encore qu’au stade du principe de précaution, juste des soupçons de plus en plus prégnants. Mais j’entends déjà nos sceptiques patentés hurler à la régression et au complot antiscientifique.

Loin pourtant de moi l’idée de dénoncer la recherche scientifique. Juste de rappeler que celle-ci vaut lorsqu’elle vise à améliorer, à conforter et à sécuriser notre humaine condition.

Mais qu’elle apparaît rapidement plus glauque, dérisoire et un rien péteuse, quand elle se met en tête et en éprouvettes de s’en passer et de la transgresser.

Brisons-là avec cette lamentable histoire de chaussettes insipides. Et rappelons à nos congénères que c’est bien l’odeur humide et forte des corps qui nous enivre quand nous baisons, et que nous croquons sans plus de chichis les doigts de pieds frémissants de nos partenaires.

Source :  http://www.rue89.com/le-yeti-voyageur-a-domicile/2010/03/29/nanotechnologies-tout-ca-pour-des-chaussettes-qui-ne-peut-pas

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Amiante : Chronologie: du « magic mineral » à la pierre tombale

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Le drame de l’amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer des leçons pour l’avenir (rapport)

REPÈRES CHRONOLOGIQUES SUR L’AMIANTE

Du « magic mineral » à la pierre tombale

5500 (av. JC) : – en Carélie, nos ancêtres du néolithique utilisent déjà des fibres d’amiante, ajoutées à un mélange d’argile et de limon, pour fabriquer des poteries servant à la cuisson des aliments ;

1er siècle : – Pline l’Ancien mentionne les dangers de l’amiante chez les esclaves romains ;

9e siècle : – Charlemagne intrigue ses invités de marque en faisant jeter les nappes d’amiante au feu pour les nettoyer ;

13e siècle : – Marco Polo rapporte la même scène dans le récit de son voyage en Sibérie orientale ;

1826 : – le chevalier Aldini, colonel des pompiers de Rome, professeur à l’université de Bologne, imagine d’utiliser l’amiante dans la confection d’un vêtement propre à faciliter l’attaque des incendies ;

1829 : – le physicien et chimiste anglais Faraday, lors d’une démonstration à l’Institut royal de Londres, encourage chaleureusement son homologue italien ;

1862 : – l’amiante canadien est présenté à l’Exposition internationale de Londres ;

1865 : – le dictionnaire Larousse présente l’amiante comme un gadget : « On en fait des tissus, des mèches, des dentelles, du papier et du coton incombustibles, mais les objets ainsi obtenus n’ont jamais été que des curiosités » ;

1868 : – l’Italie extrait déjà 200 tonnes d’amiante ;

1877 : – l’exploitation des gisements d’amiante débute au Québec après la découverte de Fecteau ;

1879 : – John Bell présente les applications de l’amiante pour le confinement des machines, qui sont rapidement adoptées par les marines anglaise et allemande : le « magic mineral » devient le « compagnon de route du capitalisme industriel » ;

1883 : – l’extraction de l’amiante commence dans la province du Cap ;
– le journal « The Engineer » traite de l’amiante et de ses applications, notamment le calorifugeage ;

1884 : – 100 tonnes d’amiante canadien sont livrées à la fabrique de Rochdale en Angleterre qui donnera naissance à la société Turner and Newhall, l’un des quatre grands trusts mondiaux de l’amiante ;

1885 : – les gisements de l’Oural commencent à être exploités ;

1899 : – le Dr Henri Montagne Murray à Londres fait la première observation d’un décès lié à l’amiante : il diagnostique une fibrose pulmonaire d’origine mystérieuse chez un ouvrier ayant travaillé pendant quatorze ans dans l’atelier de cardage d’une filature d’amiante ;

1900 : – l’Autrichien Ludwig Hatschek dépose un brevet relatif à la fabrication de produits en fibrociment, qui sera utilisé notamment par Eternit et Saint-Gobain ;

1906 : – le ministère du travail est créé ;

– le Sénat vote le 10 juillet le principe du repos hebdomadaire ;
– le 10 mars, un coup de grisou à Courrières, dans le Nord, fait 1.200 victimes ;
– Denis Auribault, inspecteur du travail à Caen, rédige un rapport sur la surmortalité des ouvriers d’une usine de textile de Condé-sur-Noireau, dans le Calvados, utilisant l’amiante. Cette note publiée dans le Bulletin de l’inspection du travail est classée par l’administration et reste lettre morte ;

1918 : – les compagnies d’assurances américaines refusent d’assurer les travailleurs de l’amiante ;

1922 : – la société Eternit France est créée par l’industriel Georges Cuvelier ;

1924 : – Nellie Kershaw, entrée comme bobineuse en 1917 à la filature d’une fabrique d’amiante, ultérieurement reprise par la Turner and Newhall, meurt par étouffement à 33 ans d’une « fibrose pulmonaire causée par l’inhalation de particules minérales » ; dix ans après la mort de Nellie, la Grande-Bretagne fera entrer l’asbestose dans le champ des maladies professionnelles indemnisables ;

1927 : – le filon d’amiante de Canari, au Cap corse, découvert par le géologue suisse Eggenberger, est mis en exploitation par l’industriel Georges Cuvelier, fondateur d’Eternit France ;

1930 : – l’amiante est enfin inscrit à l’ordre du jour de la conférence internationale consacrée à la santé des mineurs ; depuis 1910, la production mondiale d’amiante est passée de 128.000 à 339.000 tonnes ;

1931 : – la Grande-Bretagne édicte une première réglementation limitant l’empoussièrement dans les usines ; deux Britanniques, Klemperer et Rabin, découvrent le mésothéliome ou cancer de la plèvre ;

1943 : – la Turner and Newhall et huit autres industriels de l’amiante confient une première étude expérimentale sur les pathologies de l’amiante à un laboratoire américain : 80 % des souris testées développent un cancer du poumon en moins de trois ans. Les résultats de cette étude resteront secrets ;

1945 : – l’ordonnance du 2 août crée le tableau n° 25 des maladies professionnelles reconnaissant les fibroses pulmonaires consécutives à l’inhalation de poussières renfermant de la silice ou de l’amiante ; la revue « Archives des maladies professionnelles » signale déjà deux cas de cancer lié à l’asbestose ;

1946 : – les États-Unis édictent une réglementation limitant l’empoussièrement dans les usines ;

1950 : – le décret du 31 août crée le tableau n° 30 qui reconnaît l’asbestose comme maladie professionnelle ;

1954 : – John Knox, médecin du travail de l’usine Turner and Newhall de Leeds, confie à l’épidémiologiste Richard Doll une étude sur les ravages du « magic mineral » ;

1955 : – en dépit des pressions des industriels, l’étude épidémiologique de Richard Doll est publiée dans le « British Journal of Industrial Medecine », prouvant le lien entre amiante et cancer du poumon ;

1956 : – un courrier entre les responsables de la Turner and Newhall et la société « L’amiante et ses applications » (Ferodo) évoque les dangers pour les populations vivant aux abords des usines, lors du choix d’un site français de transformation des fibres ;

1960 : – l’étude du docteur Wagner confirme que l’amiante est à l’origine du mésothéliome qui touche les mineurs en Afrique du Sud et révèle que le cancer de la plèvre atteint aussi les riverains des usines ; elle dénombre 33 cas de mésothéliomes dans la population des mineurs d’amiante dans la province du Cap ;

1962 : – dans une réponse adressée à la Présidence de la République, Raymond Barre, directeur de cabinet du ministre de l’industrie, plaide la cause des industriels concernant les problèmes de pollution nés de l’activité de la société minière de l’amiante à Canari, en Corse ;

1964 : – la conférence internationale sur les risques liés à l’amiante se réunit à New-York sous l’égide de l’académie des sciences ; les actes de cette conférence sont consultables dès 1965 à la bibliothèque de la faculté de médecine de Paris ;

– le pneumologue Irving Selikoff, directeur de la division de médecine expérimentale du Mount Sinaï Hospital de New-York, publie la première grande étude épidémiologique, à la demande du syndicat des ouvriers de l’isolation ;

– le Sud-Africain J.G. Thomson retrouve des corps asbestosiques dans les poumons d’un habitant sur quatre autopsié dans la province de Captown ;
– le docteur Muriel L. Newhouse, du département de médecine professionnelle britannique, fait état de 76 cas de mésothéliomes, dont 31 ouvriers de l’amiante, 11 cas vivant à proximité d’usines, 9 femmes et enfants d’ouvriers ;

1965 : – le premier cas de mésothéliome pleural, diagnostiqué par le Français Jean Turiaf, est décrit dans le bulletin de l’Académie de médecine ;

1968 : – deux chercheurs britanniques, Morris Greenberg et T.A. Lloyd Davis, étudient les cas recensés dans le registre anglais des mésothéliomes et dénombrent 38 cas sans exposition à l’amiante, mais ayant habité au voisinage des sites de transformation (voisins, femmes et enfants d’ouvriers de l’amiante contaminés notamment par un contact avec des vêtements de travail) ;

1971 : – les industriels anglo-saxons et européens de l’amiante se réunissent à Londres pour bâtir une stratégie qui leur permettra de continuer à utiliser le minerai ;

– le Comité français d’étude sur les effets biologiques de l’amiante (COFREBA), premier lobby de « l’or blanc », est créé ;

1973 : – les premiers procès ont lieu aux États-Unis ;

1974 : – quatre trusts contrôlent 50 % de la production et 25 % de la transformation de l’amiante dans les pays occidentaux : John-Manville (États-Unis), Turner and Newhall (Grande-Bretagne), Cape Ltd (Grande-Bretagne), Eternit (Belgique) ;

1975 : – les chercheurs du campus de Jussieu découvrent que leurs locaux universitaires sont pour une large part isolés à l’amiante et révèlent la situation des usines de transformation ; le collectif inter-syndical sécurité des universités Jussieu est créé (CFDT, CGT, FEN) ;

1976 : – le tableau n° 30 des maladies professionnelles est modifié et prend en compte le cancer du poumon et le mésothéliome ;

1977 : – le professeur Jean Bignon adresse au Premier ministre, Raymond Barre, une lettre dévoilant l’ampleur de l’hécatombe attendue : la chambre syndicale de l’amiante et le syndicat de l’amiante-ciment l’accusent dans un livre blanc de vouloir faire fermer les portes des industries de l’amiante, du bâtiment, de la mécanique, de l’automobile et de la construction navale ;

– l’arrêté du 29 juin interdit le flocage dans les immeubles d’habitation et le décret du 17 août réduit la concentration d’amiante à laquelle les salariés peuvent être exposés dans les entreprises (deux fibres par cm3) ;

1978 : – le décret du 20 mars interdit les flocages contenant plus de 1 % d’amiante pour l’ensemble des bâtiments ;

– selon une résolution européenne, « l’amiante est un produit cancérigène et toutes les variétés utilisées dans le marché commun présentent un danger pour la santé humaine » ;

1980 : – la chambre syndicale de l’amiante devient l’association française de l’amiante ;

– l’acteur Steve Mac Queen meurt d’un mésothéliome à l’âge de 50 ans ;

1982 : – la société américaine Johns-Manville, plus importante entreprise mondiale dans le secteur de l’amiante, invoque l’article 11 de la loi sur les faillites pour se protéger des centaines de milliers de procès qui lui sont intentés ;

– une convention relative au dépistage des flocages d’amiante dans les établissements scolaires est passée entre le BGRM et le ministère de l’éducation nationale ;

– le Comité permanent amiante (CPA) est créé en France, ce lobby étant mis en place à l’initiative du directeur général de l’INRS ; outre les industriels, il réunit des scientifiques, des fonctionnaires des ministères concernés, des représentants d’organismes publics comme l’INC, l’INRS et des syndicats ;

– un « Symposium mondial sur l’amiante » se réunit à Montréal ;

1986 : – la Chase Manhattan Bank poursuit la société Turner and Newhall en lui réclamant une indemnisation de 185 millions de dollars pour le flocage à l’amiante de ses locaux ;

– le conseil d’administration de l’INRS se propose d’octroyer une subvention au CPA dans la perspective d’un nouveau colloque à Montréal : le délégué de FO, dont l’organisation ne participe pas aux travaux du CPA, s’y oppose ;

1989 : – Marcel Valtat, secrétaire général du CPA, envoie une lettre au Premier ministre Michel Rocard, ainsi qu’à sept ministres, sous l’intitulé : « Usage contrôlé de l’amiante : utopie ou réalité ? »

1991 : – la sécurité sociale n’indemnise que 492 victimes de l’amiante, dont 56 cas de mésothéliome : sur 10 000 cancers professionnels annuels, moins de 2 % sont indemnisés ;

– l’Inserm recense 902 cas de mésothéliome, contre 300 en 1968 ;
– en Grande-Bretagne, 183 travailleurs des usines transformatrices de l’amiante sont décédés depuis 1971 ; 10 985 autres décès dus à l’amiante sont enregistrés durant la même période ;

1994 : – l’association française de l’amiante verse 700 000 F au cabinet Europaxis ;

– le comité anti-amiante de Jussieu organise en mars une conférence à l’université de Paris VII, en présence d’experts étrangers, dont Julian Peto ;

– Jean Bignon et Patrick Brochard publient en novembre une étude sur le campus de Jussieu ; le CPA organise une conférence de presse ;

– les veuves de plusieurs enseignants du lycée professionnel de Gérardmer, décédés d’un cancer, déposent une plainte ;

– les experts français se réunissent en décembre au ministère du travail et confirment les dangers de l’amiante ;

1995 : – le Lancet publie en mars l’étude de l’épidémiologiste Julian Peto qui révèle que le nombre de mésothéliomes est très élevé en Grande-Bretagne et aussi que ceux-ci se sont répandus bien au-delà des seuls salariés des usines de transformation de l’amiante, notamment chez les ouvriers du bâtiment ;

– l’enquête de « Sciences et avenir » est publiée en mai ;

– le CPA cesse de se réunir en septembre ;

– le reportage d’Envoyé spécial, « Mortel amiante », est diffusé ;

1996 : – l’association nationale des victimes de l’amiante (ANDEVA) est créée en février ; le décret du 7 février oblige les propriétaires de bâtiments à réaliser un diagnostic sur la présence d’amiante ;

– cinq malades, membres de l’ANDEVA, se portent partie civile et déposent une plainte contre X, le 25 juin ;

– le rapport de l’Inserm, « Effets sur la santé des principaux types d’exposition à l’amiante », est rendu public le 2 juillet lors d’une conférence de presse ;

– le ministre du travail et des affaires sociales, Jacques Barrot, annonce le 3 juillet l’interdiction de « la fabrication, l’importation et la mise en vente de produits contenant de l’amiante », à compter du 1er janvier 1997 ;

– le Président de la République Jacques Chirac annonce dans son intervention télévisée du 14 juillet, qu’ « il n’y aura plus d’étudiants à Jussieu avant la fin de l’année » ;

– le parquet de Paris ouvre le 6 septembre une information judiciaire contre X pour « blessures volontaires » à la suite d’une plainte déposée par un électricien atteint d’un mésothéliome de la plèvre : l’instruction débouche sur un non-lieu ;

– l’amiante est interdit par un décret du 26 décembre : son utilisation est proscrite en France à partir du 1er janvier 1997 ; après l’Allemagne, l’Italie, le Danemark, la Suède, les Pays-Bas, la Norvège et la Suisse, la France est le huitième pays à interdire totalement l’amiante ;

1997 : – pour la première fois une entreprise, la société Eternit, est condamnée pour faute inexcusable, à la suite d’une plainte d’un salarié de l’usine de Vitry-en-Charollais ;

1998 : – le Canada dépose une plainte contre la France devant l’OMC pour avoir interdit l’amiante ; le 19 décembre, la France met en place la retraite à 50 ans pour les salariés exposés au moins 30 ans dans des entreprises où l’amiante a été utilisé ;

 l’Institut de veille sanitaire (InVS) est créé ;

1999 : – l’Union européenne interdit l’amiante ;

2000 : – le tribunal administratif de Marseille reconnaît la faute de l’État ; l’OMC donne raison à la France ;

2001 : – le Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (FIVA) est créé ; les premiers procès contre la filiale américaine de Saint-Gobain (Certain Teed) s’engagent aux États-Unis ;

2002 : – dans plusieurs arrêts du 28 février, la Cour de cassation reconnaît la faute inexcusable de l’employeur pour les cas de maladie professionnelle : l’employeur a désormais une obligation de résultat concernant la prévention dans le cas des risques qu’il fait courir à ses salariés ;

2004 : – le Conseil d’État confirme la responsabilité de l’État dans l’affaire de l’amiante ;

2005 : – l’interdiction de l’amiante au niveau communautaire devient effective au 1er janvier ;

– le Sénat crée une mission d’information commune sur le bilan et les conséquences de la contamination par l’amiante.

Voir l’information sur le site du sénat

Voir le rapport :

LES TRAVAUX DE LA MISSION COMMUNE D’INFORMATION

Source : Sénat.

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"Ne revivons pas le scandale de l’amiante avec les nanotechnologies"

logo_lexpress.gif   Par Vincent Olivier, publié le 24/03/2010 à 12:26 – mis à jour le 24/03/2010 à 14:58

Pour Martin Guespereau, directeur général de l’Afsset qui publie un nouvau rapport sur les nanotechnologies, il faut faire la lumière sur les risques des “nanos”.

Martin Guespereau, directeur général de l'Afsset.

DR Martin Guespereau, directeur général de l’Afsset.

Pourquoi l’agence n’est-elle pas en mesure de quantifier les risques réels?

Il faut parfois reconnaître qu’on ne sait pas – surtout quand cette ignorance est en partie due au manque de transparence des fabricants… Mais nous sommes favorables au principe de précaution, surtout en matière de risques professionnels pour les salariés exposés. Ne revivons pas le scandale de l’amiante.

Que reprochez-vous aux industriels?

Prenons l’exemple de la silice, utilisée depuis des dizaines d’années dans l’agroalimentaire. De nombreuses entreprises la commercialisent, mais, curieusement, personne n’en achète officiellement! Le plus choquant dans cette affaire, c’est l’attitude de déni des responsables.

Autoriser, interdire, suspendre: quelle est la bonne solution?

La France est aujourd’hui parvenue à maturité pour poser les premières règles. Premier principe: si une substitution est possible avec un autre produit, il faut privilégier cette solution. Pour le reste, l’autorisation a priori devrait être réservée aux usages strictement nécessaires, ainsi qu’aux produits qui ne sont pas “émissifs” [non susceptibles de se répandre] et à ceux pour lesquels la balance bénéfice-risque penche indubitablement en faveur du bénéfice.

Source :  http://www.lexpress.fr/actualite/environnement/ne-revivons-pas-le-scandale-de-l-amiante-avec-les-nanotechnologies_857802.html

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Terre 24/03/2010 à 18h14

Nanotechnologies: l’Afsset recommande le principe de précaution

Poudre de titane contenant des nanoparticules d'or.
Poudre de titane contenant des nanoparticules d’or. (AFP photo AFP)

Face aux incertitudes concernant les nanomatériaux présents dans des centaines de produits de consommation, «le principe de précaution s’impose», selon l’Agence santé et environnement (Afsset) qui recommande un étiquetage clair, voire des interdictions.

«Les nanos sont maintenant présents dans tout notre quotidien», a déclaré mercredi le directeur général de l’Afsset Martin Guespéreau, en présentant devant la presse un rapport sur les risques liés aux nanomatériaux pour la population et pour l’environnement.

Informer les consommateurs grâce à un étiquetage clair, assurer la traçabilité des nanomatériaux figurent parmi les principales recommandations de l’Afsset à l’issue de cette mission confiée en 2008.

Les effets mal connus

Plus de mille produits de consommation courante (raquettes de tennis, crèmes solaires, sel de cuisine, emballages alimentaires, vêtements) contiennent des nanomatériaux. Entre autres, des nanoparticules d’argent dont les propriétés antimicrobiennes sont exploitées pour des applications très diverses: chaussettes sans odeur, ustensiles de cuisine, pansements, tissus pour les grands brûlés, produits d’hygiène…

Les effets sur la santé et l’environnement des nanoparticules restent mal connus. D’abord, parce qu’à cette échelle, la matière acquiert des propriétés nouvelles qui compliquent toute analyse de toxicité.

Il faut «accélérer la recherche», indique Martin Guespéreau, relevant que seulement 2% des études publiées sur les nanomatériaux concernent leurs risques éventuels, alors que tout le reste est consacré à leur développement.

«Faire une évaluation sanitaire complète» prendrait «50 ans», dit-il, insistant sur la nécessité «de définir des méthodes simplifiées». L’Afsset devrait, d’ici deux ans, établir une «grille d’évaluation» permettant un premier classement en fonction des risques.

«Il faudra envisager des interdictions»

Dans certains cas, «il faudra envisager des interdictions», selon M. Guespéreau qui recommande une «réponse graduée» en tenant compte des risques, mais aussi de l’utilité des nanomatériaux et de la possibilité de leur trouver des produits de substitution.

L’Afsset a passé au crible 4 des 246 produits de consommation avec nanos identifiés sur le marché français: chaussettes «antibactériennes», lait solaire contenant des nanoparticules de dioxyde de titane (Ti02) pour mieux protéger contre les UV, ciment auto-nettoyant au Ti02 pouvant présenter des risques pour les bricoleurs ou professionnels, silice alimentaire nanométrique pour éviter que sel ou sucre en poudre s’agglomère.

Le jugement final est «plutôt sévère pour les chaussettes» qui peuvent avoir «un impact sur l’environnement absolument majeur» à cause du nanoargent disparaissant dans l’eau de lavage et risquant de perturber les stations d’épuration ou certains poissons, selon M. Guespéreau, qui recommande leur interdiction.

Si 10% des chaussettes vendues en France contenaient du nanoargent, «18 tonnes d’argent seraient rejetées chaque année dans les eaux superficielles», selon Dominique Gombert, chef du département d’expertise de l’Afsset.

(Source AFP)

Source : 

http://www.liberation.fr/terre/0101626470-nanotechnologies-l-afsset-recommande-le-principe-de-precaution

 

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Bordeaux. Herbicide toxique : la justice ordonne l’indemnisation

LA-D-p-che-copie-1.png   Publié le 12/03/2010 08:43 | LaDepeche.fr

La Cour d’appel a donné raison à cet agriculteur intoxiqué qui se battait contre les assurances agricoles.

AGRICULTEUR

« Ce que j’attends aujourd’hui ? Que Monsanto prenne sa part de responsabilités. Et également que le grand public, qui nous accuse si souvent d’être les pollueurs, comprenne que nous sommes les premières victimes. »

Paul François vient d’obtenir une victoire devant les tribunaux. La Cour d’appel de Bordeaux vient de lui accorder une prise en charge au titre de la législation sur les accidents du travail à la suite de malaises provoqués par un herbicide. « Cette jurisprudence n’a pas de précédent en Cour d’appel et ouvre la voie de l’indemnisation professionnelle à d’autres agriculteurs victimes d’intoxications dans des conditions comparables » estime l’avocat toulousain Olivier Passera.

Tout commence pour Paul François le 27 avril 2004. Cet agriculteur de Bernac, en Charente, vient de désherber son maïs avec du Lasso, un produit fabriqué par la firme Monsanto. Avant de ranger son matériel, il vérifie l’état du pulvérisateur. Et par mégarde, il inhale une forte bouffée. Immédiatement, il court se rincer le visage, selon la procédure…

Cela ne suffira pas. Très vite, il va avoir des nausées. Puis des maux de tête. Puis des crachats de sang. Dans les jours qui suivent, il bégaye. Et puis surtout, il est victime d’absence. Des « trous » dangereux, car ils surviennent sans prévenir. Par exemple, lorsqu’il est au volant de son tracteur.

Commence alors pour lui un véritable marathon médical. Médecin de famille, service des urgences, centre antipoison, médecin du travail, puis les spécialistes, les psychiatres, les neurologues, les toxicochimistes… Car les crises se répètent dans le temps. Elles surviennent même à l’hôpital. Mais l’intoxication est tellement sournoise et complexe que même un docteur House y aurait perdu son latin. Ce parcours du combattant des couloirs d’hôpital a son parallèle dans les prétoires. Car si dans un premier temps, l’assurance accident des exploitants agricoles a pris en charge les troubles de Paul, elle la refuse, sept mois plus tard. Elle estime qu’il ne peut plus y avoir de lien de cause à effet entre l’inhalation du produit et les nouvelles rechutes. Le tribunal des affaires de la sécurité sociale, après trois expertises, a donné raison à Paul. La cour d’Appel de Bordeaux a donc rejeté l’appel de l’assurance agricole. Elle s’est notamment appuyée sur les expertises de Jean-François Narbonne, professeur de toxicologie à l’université de Bordeaux.

Le Lasso a été interdit en Grande Bretagne dès 1992. Il a fallu attendre 2007 pour qu’il le soit en France. « Ce qui n’est pas sans rappeler des drames sanitaires comme celui de l’amiante totalement interdit en France seulement en 1997, bien après son voisin d’outre-Manche » observe Me Olivier Passera. D’autres agriculteurs ont subi les mêmes dommages et poursuivent le même combat, notamment dans le Grand Sud. Où l’on a désherbé pendant des années des milliers d’hectares de maïs…

Dominique Delpiroux

Source :   http://www.ladepeche.fr/article/2010/03/12/795568-Bordeaux-Herbicide-toxique-la-justice-ordonne-l-indemnisation.html

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FRANCE 5 Soirée spéciale : Bienvenue dans le nanomonde le mardi 9 mars 2010 à 20h30

France5.gif       Présentateur : Sébastien Folin

   Bienvenue dans le nanomonde
Bienvenue dans le nanomonde est une soirée spéciale autour des nanotechnologies.
Sommaire : Entre chaque volet de la série documentaire, Sébastien Folin s’entretient avec un invité

Au programme :   4 documentaires:


1) Des nanos autour de nous 1/4 (20h35 à 21h30 – Réalisateur : Charles Antoine De Rouvre)


        Histoire : Le XXIe siècle va-t-il être celui des nanotechnologies, un ensemble de technologies nouvelles qui permet d’intervenir au coeur même de la matière ?


        Résumé : Les nanotechnologies pourraient bien changer la vision du monde. La fin du XXe siècle a vu l’informatique révolutionner le travail, l’industrie et les loisirs. Avec le XXIe siècle, la compréhension des mécanismes qui interviennent au coeur de la matière permet d’envisager des matériaux aux propriétés nouvelles, parfois inspirées de la nature, et donc la fabrication d’objets plus économes, plus légers, plus écologiques, plus petits. Des applications et des perspectives fascinantes à découvrir en compagnie des meilleurs experts européens et chercheurs du monde entier.   


2) Du micro au nano 2/4 (21h30 Durée 1h00  – Réalisateur : Charles Antoine De Rouvre)     


       Histoire : Oubliant la traditionnelle fabrication d’objets à partir de blocs de matière, la science de l’infiniment petit a fait naître l’idée d’assembler des objets atome par atome.


3) Des nanos en nous 3/4 (22h30 – Durée 55 min – Réalisateur : Charles Antoine De Rouvre)     


       Histoire : Les nanotechnologies vont permettre de mieux cibler les besoins notamment dans le domaine médical où les traitements se font au niveau de l’infiniment petit.
       Résumé : Les nanotechnologies vont modifier l’approche de la médecine et des biotechnologies. C’est dans ce domaine qu’elles sont le plus avancées, notamment en Europe. Des outils de diagnostic travaillant à l’échelle de la molécule permettent, par exemple, d’effectuer une analyse médicale dans un «laboratoire» pas plus gros qu’une carte de crédit. Déjà, les chercheurs européens travaillent à amener avec une extrême précision les médicaments nécessaires là où le corps en a besoin. Certaines applications sont déjà opérationnelles et apportent des espoirs spectaculaires, notamment dans le traitement du cancer.


4) Nanomonde et maxitrouille 4/4 (23h25 – Durée 55 min  –  Réalisateur : Charles Antoine De Rouvre)    

      Histoire : Travailler à l’échelle de l’invisible cristallise bien des peurs, aussi bien vis-à-vis de l’être humain que de l’environnement.

Les nanosciences déchaînent les passions dans les milieux scientifiques et politiques. Bien que ce nouvel univers puisse apparaître parfois comme relevant de la science-fiction, ses premières applications pratiques et ses implications sociales, économiques, et de santé publique, sont à l’origine d’un débat animé autour de la place du progrès, de la science, de l’avenir de l’humanité et de celui de notre planète. Quelles sont les conséquences de l’arrivée des nanotechnologies, quels en sont les risques ? Les institutions, mais aussi les organisations non-gouvernementales s’impliquent dans le débat. Depuis les laboratoires de recherche et de fabrication, depuis les lieux réunissant les promoteurs, ou les manifestations des opposants, voici une rencontre avec les protagonistes pour tenter de se frayer un chemin entre les fantasmes et la réalité. (Programme sous-titré par télétexte pour les sourds et les malentendants).

 

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Commentaire personnel :

On peut regretter que la partie 4 qui est surement celle qui concerne le plus le citoyen soit diffusée à une heure aussi tardive.

 

 

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Ligne à très haute tension en Corrèze: la cour d’appel donne raison à RTE

RADIO TOTEM

Latronche : l’éleveur se pourvoit en cassation contre RTE         Le  03/03/2010 à 05h00

Serge Marcouyoux est finalement décidé à se pourvoir en cassation. L’éleveur l’a déclaré sur notre antenne ce mardi. Alors qu’il poursuivait RTE en justice en première instance en 2008, un tribunal corrézien lui avait donné raison en estimant que la ligne à haute tension au-dessus de son exploitation était responsable des maladies de plusieurs de ses bovins à Latronche, près de la frontière avec le Cantal. RTE, qui gère le réseau, avait été condamné à verser 400 000 euros. Mais la cour d’appel de Limoges vient de débouter le plaignant, estimant que la responsabilité de la ligne n’est pas avérée. Même si, selon le jugement des indices quant à son incidence subsistent.

Pour le Groupement Agricole d’Exploitation en Commun (GAEC) Marcouyoux, le feuilleton judiciaire continue.

Source : 

http://www.radio-totem.net/actualite/journal/correze/article-20619-latronche-l-eleveur-se-pourvoit-en-cassation-contre-rte/?page=&filtre=all

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ROMANDIE NEWS

LIMOGES – La cour d’appel de Limoges a cassé lundi un jugement de première instance condamnant le gestionnaire du réseau de transport d’électricité RTE à verser 390.648 euros pour le préjudice subi par des éleveurs en Corrèze implantés le long d’une ligne à très haute tension.

Dans un jugement du 28 octobre 2009, le juge de l’expropriation du tribunal de grande instance de Tulle avait condamné RTE à “l’indemnisation du préjudice direct, matériel et certain” subi par un groupement agricole d’exploitations en commun (GAEC), “du fait des dommages imputables à la ligne à très haute tension surplombant l’exploitation”, située à Latronche (Corrèze). RTE avait fait appel de cette décision.

Dans son arrêt daté du 1er mars, dont l’AFP a obtenu copie, la chambre spéciale des expropriations de la cour d’appel estime qu'”il subsiste des incertitudes notables de telle sorte que, compte tenu de l’ensemble des explications et données fournies, il n’apparaît pas que l’existence d’un lien de causalité soit suffisamment caractérisé”.

En conséquence, la cour infirme le jugement de première instance et rejette les demandes du GAEC qui arguait de problèmes sanitaires dans son élevage porcin et bovin liés aux champs électro-magnétiques de la ligne de 400.000 volts.

“Les nombreuses études scientifiques indépendantes menées depuis trente ans n’ont pas dévoilé l’existence d’un risque pour la santé à une exposition aux champs électromagnétiques”, avait déclaré en novembre à l’AFP Olivier Jallet, chef de la mission Communication et environnement juridique à RTE Sud-Ouest.

(©AFP / 02 mars 2010 16h51)

Source :

http://www.romandie.com/infos/news2/100302155158.ont78s1a.asp

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Nucléaire en Alerte : Un documentaire inédit sur France 3 le mercredi 3 mars à 22h55

Nucléaire en alerte

Histoire : Quelles sont les mesures sanitaires, militaires, politiques et technologiques pour prévenir tous les risques liés à l’utlisation du nucléaire ?
Résumé : Aucun pays n’est à l’abri d’une catastrophe nucléaire. Depuis Tchernobyl, tout le monde sait que le risque zéro n’existe pas. En cas d’accident, sommes-nous vraiment préparés à protéger les populations ? Enquête auprès des puissances nucléaires sur les mesures sanitaires, militaires, technologiques, voire médiatiques et politiques envisagées. Avec à la clef, un silence inquiétant sur le tabou du risque nucléaire. Sous la forme d’une simuation en temps réel, le documentaire reconstitue les conditions probables d’un accident de ce type dans une centrale nucléaire située sur le littoral de la Manche.

Source : http://www.linternaute.com/television/programme-tv/programme/3344980/nucleaire-en-alerte/

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Nanotechnologies : Des promesses et des risques

lesechost.png   Edité le 23/02/2010
Les nanotechnologies vont apporter des innovations majeures dans un grand nombre de domaines. Mais la taille infime des particules et le manque d’études sur leur toxicité suscitent des inquiétudes, comme le soulignait le dossier de présentation du débat public.

1.  De quoi s’agit-il ?

Nanosciences et nanotechnologies ne constituent pas vraiment de nouvelles disciplines mais permettent de revisiter des disciplines bien connues : chimie, physique, biologie, électronique, sciences des matériaux ou de l’environnement… Les progrès technologiques permettent de façonner des matériaux ou des objets toujours plus petits, mais le passage à l’échelle du nanomètre (milliardième de mètre soit 100 fois moins qu’une molécule d’ADN et 30.000 à 100.000 fois plus fin qu’un cheveu) ne constitue pas une simple étape supplémentaire de la miniaturisation. Car, à ces dimensions, les nanomatériaux n’obéissent plus aux lois ordinaires de la mécanique, mais possèdent des propriétés nouvelles obéissant aux lois de la physique quantique. Les nanomatériaux présentent également la capacité d’accélérer voire de déclencher des réactions chimiques (catalyse).

2. Quels sont les secteurs concernés ?

Aujourd’hui les applications concernent principalement trois domaines : santé et sciences du vivant, matériaux, électronique et technologie de l’information. Partant de là, les secteurs économiques sont évidemment bien plus nombreux. Les transports s’intéressent ainsi à des matériaux qui promettent à la fois allégement et résistance accrue. On envisage aussi des médicaments plus efficaces grâce aux nanotechnologies, qui permettraient de protéger la molécule active et de contrôler sa libération. Quant aux technologies de l’information, elles bénéficient déjà des progrès des nanosciences. La révolution de la magnétorésistance géante (GMR) a ainsi permis de multiplier par plus de 100 la densité d’information sur les disques durs.

3. Quels sont les risques ?

Mais les nanotechnologies présentent des risques. Tout d’abord pour la santé. L’exposition aux nanoparticules peut être directe, en raison de leur présence dans des produits de la vie courante (hygiène, emballages alimentaires, voire vêtements), ou bien indirecte, à cause de leur diffusion dans l’air ambiant, à la suite de l’usure de produits qui en contiennent (encres, essences, vitrages…). En raison de leur taille infime, ces particules sont susceptibles de s’introduire partout : à travers le système respiratoire ou digestif, voire à travers la peau.

Le principal souci est que les études et les données sur la toxicité de ces produits contenant des nanomatériaux sont encore parcellaires et insuffisantes. La nanotoxicologie est une science encore toute neuve et les démarches actuelles prenant en compte la nature chimique des nanoparticules ou la concentration maximum ne suffisent plus, souligne le dossier de présentation du débat public sur les nanotechnologies : « Les travaux à mener doivent permettre de comprendre leur devenir une fois qu’elles ont pénétré dans l’organisme, les réactions qu’elles provoquent, la manière dont elles sont éliminées ou non. »

Les dangers courus par les travailleurs des industries utilisant les nanomatériaux sont aussi régulièrement mis en évidence et l’Afsset recommande depuis 2008 que ces travailleurs soient protégés. Et ce, sans attendre que l’innocuité ou la toxicité soit prouvée. L’environnement est aussi concerné, mais les connaissances sont cette fois-ci encore plus rares. Dernier risque enfin, celui pour les libertés individuelles (avec des nanopuces invisibles à l’oeil nu), particulièrement souligné par les opposants les plus radicaux.

F. N., Les Echos

Source :  http://www.lesechos.fr/info/hightec/020378362618-des-promesses-et-des-risques.htm

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De la nourriture irradiée dans nos assiettes ? C’est le cas en France

rue89_logo-copie-1.gif   Par Marie Morgane Kerouedan | Rédactrice d’un site Web et blogueu… | 17/02/2010 | 15H53

Des crevettes (FotoosVanRobin/Flickr)

Quel est le point commun entre les herbes aromatiques, les épices, les condiments, l’oignon, l’ail, l’échalote, les légumes et fruits secs, la farine de riz, la volaille, les cuisses de grenouille congelées (si si), les crevettes, et j’en passe ?

Cherchez un peu… Le goût ? Non, pas sérieux, quoique. L’aspect ? Non, impossible, je ne laisserai personne dire qu’une gousse d’ail peut ressembler à une cuisse de grenouille congelée. Quoique.

Alors ? Les rayons, avec au choix le rayonnement ionisant bêta et le rayonnement gamma.logo Radura

Aaahh, elle ont bonne presse les lettres grecques. Connues, pratiques, scientifiques, elles ne font plus peur depuis belle lurette !

Petit détail pour le consommateur : toute denrée irradiée doit porter la mention « traité par rayonnements ionisants » ou « traité par ionisation » et la signalétique adéquate. (Voir le logo Radura ci-contre)

Ce qui n’arrive pratiquement jamais car les ingrédients irradiés sont le plus souvent incorporés dans des plats préparés et mélangés à d’autres non irradiés.

Pasteurisation à froid

En réalité, l’irradiation des aliments consiste à les exposer à des rayonnements selon deux moyens :

  • soit une source de cobalt ou césium de très haute activité est utilisée. Les aliments sont placés devant cette source jusqu’à avoir intégré la dose désirée ;
  • soit les aliments sont placés dans le faisceau d’un accélérateur de particules. Ils sont alors irradiés par un faisceau d’électrons accélérés ou par des rayons X.

L’objectif est de réduire le nombre de micro-organismes contenus dans les aliments, et ainsi d’obtenir une meilleure conservation, de décontaminer les aliments, d’inhiber la germination ou d’en ralentir le mûrissement.

Ce procédé est aussi appelé pasteurisation à froid, terme plus positif aux yeux du public qu’irradiation.

Selon le Collectif contre l’irradiation des aliments cette irradiation détruit et altère les vitamines, les protéines, les acides gras essentiels et d’autres composants alimentaires. Mais cette technique peut aussi modifier le goût, l’odeur et la consistance de la nourriture, en la rendant parfois peu appétissante.

L’utilisation des accélérateurs ou des sources n’entraîne toutefois pas de dissémination de matière nucléaire, la loi française étant très stricte sur ce point.

Douce France, pays gastronomique qui ne montre pas l’exemple

Pour autant, on peut s’étonner que seuls sept pays de l’Union européenne autorisent l’irradiation d’aliments : la France, la Belgique, les Pays-Bas, l’Italie, le Royaume-Uni, la Pologne et la République Tchèque.

Les autres pays de l’UE n’importent pas de produits irradiés. Certains pays autorisent l’irradiation pour d’autres produits alimentaires que ceux qui sont traités par la France. Ainsi, le Royaume-Uni pratique l’irradiation pour les légumes, les fruits, les céréales et les poissons. Produits que l’on peut retrouver, sous une forme transformée, dans des petits plats vendus chez nous.

Comme la France prend particulièrement soin de sa population, seize catégories de produits sont soumises en France à l’irradiation, contre trois autorisées dans la directive européenne. Heureusement, la France a récemment exclu le camembert au lait cru et les fraises de la liste.

Avec plus de 3 100 tonnes en 2005, la France est le troisième pays de l’UE à traiter des aliments par irradiation derrière la Belgique et les Pays-Bas . Il existe en France six unités d’irradiation agréées. Trois procèdent à l’irradiation par rayons gamma (cobalt 60). Elles sont situées à Marseille, Dagneux et Sablé-sur-Sarthe. Les autres procèdent par électrons accélérés : Chaumesnil, Orsay, Berric.

Sur ce, bon appétit.

Mis à jour le 17/02 à 16h10. Changement de titre suite à la remarque d’un riverain nous rappelant que la radioactivité et l’irradiation sont deux choses différentes. La radioactivité est en effet un phénomène physique qui englobe la contamination et l’irradiation.

Photo : des crevettes (FotoosVanRobin/Flickr)

Source :  http://www.rue89.com/2010/02/17/de-la-nourriture-irradiee-dans-nos-assiettes-en-france-cest-le-cas-138853#comments

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Quand les appelés du contingent servaient de cobayes

leParisien.fr   NICOLAS JACQUARD | 16.02.2010, 07h00

Un rapport confidentiel révèle comment l’armée française a utilisé ses soldats lors des premiers essais atomiques dans le Sahara au début des années 1960.
 

C’est un rapport accablant. 260 pages estampillées « confidentiel défense » que « le Parisien » – « Aujourd’hui en » s’est procuré et qui éclaire d’un jour radicalement nouveau la campagne française d’essais nucléaires dans le Sahara algérien, entre 1960 et 1966. « Il s’agit de la seule synthèse existante sur ces tirs connue à l’heure actuelle », avertit Patrice Bouveret, et cofondateur de l’Observatoire des armements, qui évoque ce document dans le dernier numéro de sa lettre d’information.


Intitulé : « la Genèse de l’organisation et les expérimentations au Sahara », ce texte rédigé par un ou des militaires anonymes daterait de 1998, juste après l’abandon définitif des essais par . Il y évoque avec emphase « une grande aventure scientifique », tout en jugeant « inopportun d’en extraire une synthèse grand public. » A sa lecture, on comprend aisément pourquoi, chaque ligne du rapport expliquant comment scientifiques et militaires veulent, à l’époque, obtenir « la bombe », quel que soit le prix à payer, y compris humain. Gerboise verte, le quatrième et dernier tir dans l’atmosphère, fait ainsi jouer les appelés du contingent à une véritable guerre nucléaire grandeur nature. Souvent, les vétérans se plaignaient d’avoir été des cobayes. C’est désormais une certitude.

Quant aux « faibles doses » reçues qu’évoque le ministre de la Défense, elles sont à l’origine de maladies irréversibles. « Que dans le contexte de l’époque, on fasse des manoeuvres, on peut en discuter, résume Patrice Bouveret. Mais que tout cela soit fait sans aucune prise en compte sociale ou médicale des hommes, c’est quasi criminel. »

Reste que ce rapport ne livre qu’une vérité partielle des essais nucléaires réalisés par la France. En effet, le sous-titre du document indique en première page qu’il s’agit du « tome I ». Existe-t-il d’autres volumes dans les archives du ministère de la Défense ? Hervé Morin dit ne pas en avoir connaissance.

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CE SOIR SUR FRANCE 2 à 22h50 : Cent mille cercueils : le scandale de l’amiante

NouvelObs.com en temps réel

Durée : 1 heure 15 minutes

Sous-titrage malentendant (Antiope).

Stéréo

En 16:9

Le sujet

Enquête sur le scandale de l’amiante, qui est révélateur du poids que certains lobbies peuvent avoir sur des décisions de santé publiques jugées indispensables.

Selon les études, les négligences et le manque de prévention au sujet de l’amiante sont susceptibles de générer de très nombreuses victimes. On estime que 100 000 personnes – peut-être plus – décéderont d’ici 2025 à cause de l’amiante. Cette hécatombe aurait pu être évitée. La toxicité de l’amiante est connue depuis le début du XXe siècle. Pourtant, en France, on a laissé, voire encouragé, les industriels à utiliser ce minéral apprécié pour sa résistance à la chaleur, aux chocs électriques et chimiques. L’inhalation de fibres d’amiante génère des cancers broncho-pulmonaires, ainsi que de cancers de la plèvre. Aujourd’hui, ils sont très nombreux à tenter de faire reconnaître leur calvaire devant les tribunaux. Ce scandale est loin de relever du passé.

Les rediffusions

  • 03:20 – Dimanche 31/01
    France 2

Source : http://teleobs.nouvelobs.com/tv_programs/2010/1/28/chaine/france-2/22/50/cent-mille-cercueils-le-scandale-de-l-amiante

————————————————————————————————————————    Publié le jeudi 28 janvier 2010 à 06h00

Amiante : pourquoi ces 100 000 cercueils ?

Manifestation de proches de victimes de l'amiante devant le tribunal de Lille. Photos Archives Hubert Van Maele/Nord éclair
Manifestation de proches de victimes de l’amiante devant le tribunal de Lille. Photos Archives Hubert Van Maele/Nord éclair

France 2 diffuse ce soir un édifiant documentaire qui refait l’histoire du scandale de l’amiante. Un dossier exemplaire pour comprendre comment la recherche du profit peut tuer. Et pourtant, depuis le début du siècle, on savait…
FLORENCE TRAULLÉ > florence.traulle@nordeclair.fr
Il dit simplement : « De tous les ouvriers qui travaillaient au sous-sol, je suis le seul vivant aujourd’hui. Tous les autres sont morts entre 60 et 65 ans. » Il ajoutera un peu plus tard : « Ils nous ont bien eus, et bien empoisonnés. » Comme tant d’autres, il a travaillé dans une usine qui utilisé largement l’amiante. Comme tant d’autres, il ignorait alors tout des dangers de ce matériau si prisé des industriels pour ses qualités isolantes et son bas prix. Pourtant, dès le tout début du siècle, des médecins avaient perçu le danger et alerté. Puis, en 1918, des assurances américaines ont refusé les ouvriers exposés à ce produit. En 1931, le mésothéliome, cancer provoqué par l’exposition à l’amiante, est identifié. 1945 encore : l’amiante est inscrit au tableau des maladies professionnelles. Et alors ? Alors, rien.
L’amiante est utilisé partout. Dans l’industrie navale, automobile, dans la construction, dans bien d’autres industries encore. « Fin 1965, on savait absolument tout, affirme Claude Got, expert en sécurité sanitaire, les fibroses, les cancers, les mesures de prévention à prendre. » L’un des principaux intérêts du reportage diffusé ce soir sur France 2 est de raconter comment, malgré toutes ces alertes, les industriels de l’amiante vont s’organiser pour empêcher les pouvoirs publics de prendre les mesures qui s’imposaient. Pour le réalisateur José Bourgarel, l’affaire de l’amiante est malheureusement exemplaire : « C’est un dossier qui pose la question du fonctionnement de nos démocraties et des lobbies qui les gangrènent. »

Manipulés
Pour le chercheur du CNRS Henri Pezerat, qui fera partie des premiers à faire exploser le dossier de l’amiante à l’université de Jussieu, « le retard pris par la législation française s’explique par les pressions considérables faites par les industriels de l’amiante ». Un lobby qu’il qualifie de « très efficace ». Il porte un nom : le Comité permanent amiante. Le CPA. Une structure financée par les grands industriels de l’amiante, tels Éternit, Saint-Gobain… Elle réussira même à intégrer des syndicalistes qui, comme les autres, se feront berner. « Y avait le risque de fermeture des usines. L’interdiction complète de l’amiante, c’était des milliers d’emplois qui partaient », convient ce cégétiste qui a fait partie du CPA. « Ils se sont bien fait avoir, ils ont été manipulés », réplique un ouvrier exposé à l’amiante. À mots prudents, un pneumologue interrogé dans le documentaire estime, à propos du CPA, que « sa façon de présenter les choses se rapproche d’une certaine manipulation »…
Un rapport réalisé par des sénateurs sur l’amiante en 2005 est parfaitement clair : « L’administration elle-même a été manipulée par le CPA qui n’était autre que le faux nez des industriels. » Et quand José Bourgarel, pour son documentaire, cherche à rencontrer d’anciens membres du CPA, il s’entendra souvent répondre : « Je ne veux plus entendre parler de cette histoire. » L’avocat des industriels, interviewé par le réalisateur ne se montre pas très surpris, estimant que « c’est la faute de la presse » qui fait des industriels les « boucs émissaires » dans cette affaire. Les anciens ouvriers, malades de l’amiante et associations de victimes pointent également d’autres responsabilités, dénonçant le silence de la plupart des médecins du travail. Ils veulent que toutes les responsabilités soient établies. Et réclament toujours un vrai procès de l’amiante. La justice y travaille, nous dit-on mais… avec des moyens dérisoires.w

Pierre Pluta : « Au fond, on n’a tiré aucune leçon du scandale de l’amiante… »

Dans un rapport de février 2009, l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement alerte sur le danger des fibres courtes de l’amiante et préconise de nouvelles mesures. Un an plus tard, elles restent à prendre. En choeur, plusieurs ministères réagissent dès la publication, en février 2009, d’un rapport de l’AFSSET (Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement) qui alerte sur les fibres courtes de l’amiante. La législation actuelle interdit l’utilisation des fibres longues mais n’a pas encore pris de disposition sur les fibres plus fines et plus courtes. L’AFSSET s’inquiète de leur nocivité pour la santé, d’autant qu’elles sont présentes un peu partout autour de nous. On parle de 80 kg d’amiante par Français… Le sujet étant devenu sensible, les ministères de la Santé, du Travail, de l’Écologie et du Logement se précipitent pour publier un communiqué annonçant que « le gouvernement prend de nouvelles mesures » sur l’amiante. Un présent abusif puisqu’à bien lire le communiqué, on mesure que les ministères en question annoncent un certain nombre de décisions … qui restent à prendre. Un an plus tard, nous avons voulu savoir où elles en étaient. Seul le ministère du Travail nous répondra. Ailleurs, c’est soit le silence, soit, au mieux, un mail expéditif (ministère de la Santé) : « Il y a un décret qui est en cours d’élaboration sur le sujet. Je n’ai pas plus d’informations pour le moment à vous communiquer. » À la direction générale du Travail, Frédéric Tésé confirme, en revanche, que la méthodologie pour mesurer les expositions à l’amiante va évoluer et devrait, pour être plus précise, être faite avec des microscopes électroniques. Une campagne de mesures a été lancée et « 25 situations identifiées avec des techniques de traitement des matériaux contenant de l’amiante ». Selon lui, la valeur limite d’exposition en milieu professionnelle devrait baisser et des décrets pourraient sortir avant la fin 2010. « Toujours rien… » Pierre Pluta, le président de l’Association régionale de défense des victimes de l’amiante, s’alarme qu’« on sous-estime les risques liés aux fibres courtes de l’amiante. Jusqu’au rapport de l’AFSSET, personne ne s’y était vraiment intéressé. On avance à tous petits pas » . Il s’inquiète aussi du peu de réactions des autorités aux cris d’alarme des associations sur les dangers du produit qui a généralement remplacé l’amiante à fibres longues : « Les expérimentations animales faites à propos des fibres céramiques réfractaires montrent leur dangerosité. » En 2002, il écrit à François Fillon, alors ministre du Travail, pour lui demander des mesures immédiates sur les fibres céramiques réfractaires. « Il faudra que j’insiste mais il finira par me répondre que j’avais raison et qu’il fallait prendre des mesures. Et puis ? Toujours rien… On s’en occupera quand on sera face à un nouveau scandale sanitaire. » La démonstration, pour Pierre Pluta, qu’« on n’a tiré aucune leçon du scandale de l’amiante, au fond ». Un sentiment partagé par le député PS de Denain, Patrick Roy, du groupe d’études permanent Amiante à l’Assemblée particulièrement remonté sur le peu de moyens accordé au pôle judiciaire chargé de travailler sur l’amiante. « On est reçus régulièrement au ministère de la Justice où on nous dit “On s’en occupe”, “On va se revoir bientôt” mais les moyens humains du pôle instruction sur ce sujet restent dramatiquement insuffisants. C’est pour ça que la procédure s’enlise. » Un vrai et grand procès de l’amiante n’est pas pour demain.wFL.T.

Source :

http://www.nordeclair.fr/Loisirs/Magazine/2010/01/28/amiante-pourquoi-ces-100-000-cercueils.shtml

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