VALENCE-BRIFFAUT/ANTENNE RELAIS – Orange réclame 50 000 euros de dommages et intérêts à une petite entreprise

Le Dauphiné Libéré

Des banderoles dénonçant un projet conduit sans concertation avec les riverains ont été installées rue Ferdinand de Lesseps. Il y a déjà plusieurs années que la Ville souhaite la mise en place d’une charte avec les opérateurs de téléphonie mobile... Mais elle n’a pas encore vu le jour ! Le DL/Archives Stéphane MRC 

Des banderoles dénonçant un projet conduit sans concertation avec les riverains ont été installées rue Ferdinand de Lesseps. Il y a déjà plusieurs années que la Ville souhaite la mise en place d’une charte avec les opérateurs de téléphonie mobile… Mais elle n’a pas encore vu le jour ! Le DL/Archives Stéphane MRC.


Sans pitié et franchement décevante. Pour Patrick Royannez, adjoint à la Santé et conseiller général, l’attitude de l’opérateur de téléphonie mobile Orange, est inexcusable. “Aujourd’hui, dénonce l’élu, Orange use de pressions sur une PME pour faire taire un collectif !” En cause, au départ, l’installation d’une antenne relais rue Ferdinand-de-Lesseps, quartier Briffaut-Rousset.

Il y a 6 mois, quand ils apprennent la nouvelle, les riverains du site (concédé à Orange par une propriétaire privée) dénoncent le projet et montent le collectif Impératif santé. Dans la foulée, ils lancent une pétition qui va recueillir près de 300 signatures pour dire non à cette implantation.

En parallèle, la Valentinoise de pesage, entreprise installée là depuis 36 ans, en charge du contrôle de balances, introduit un référé contre Orange. Le but, obtenir la garantie que cette installation n’engendre aucun risque ni sur leur matériel, ni sur le personnel. Suivent alors, en fin d‘année dernière, une manifestation du collectif, puis un peu après, un “blocage” du chantier, le jour où des entreprises viennent installer le pylône.

“En décembre, explique Patrick Royannez, j’ai recontacté Orange pour leur demander la suspension des travaux le temps de faire une réunion avec tous les riverains”. Il propose le 24 janvier, mais l’opérateur refuse et recule la date de la réunion au 10 février. “Une réunion à laquelle ils refusent que les médias soient présents ” insiste l’élu.

“Nous sommes bien loin de l’image d’écoute et de la tolérance qu’Orange veut donner !”

“Mais le pire, ajoute-t-il, c’est qu’ils ont poursuivi les travaux !” Et cette attitude est d’autant plus insupportable pour l’adjoint, qu’il a appris que dès le 25 janvier, Orange attaquait devant le tribunal de Commerce de Romans la Valentinoise de Pesage. “Ils demandent 50 000 euros de dommages et intérêts pour le blocage du chantier, ce qui est très lourd pour une petite entreprise ! Ils cherchent à faire pression sur le collectif par le biais de cette PME !” Et pour double causes sans doute : non seulement la Valentinoise de pesage demande des comptes quant à ses appareils de mesure. Mais en outre la mère du gérant a pris la parole en tant que riveraine, puisqu’elle vit au-dessus de l’entreprise familiale !

“C’est intolérable ! On est bien loin de l’image d’écoute et de tolérance qu’Orange veut donner. Bien loin aussi de ce qu’ils préconisent dans leur “charte relative aux ondes électromagnétiques”… où ils assurent privilégier écoute et dialogue, et informations aux riverains…”

Ainsi, à l’orée d’une charte que la Ville souhaite mettre en place avec l’ensemble des opérateurs, l’élu Verts s’interroge : “Comment va-t-on pouvoir signer avec eux  ? Et quel degré de confiance leur accorder ?”

Pour Orange, « il faut attendre les conclusions du juge » et dépassionner le débat
Il n’y a pas de dimanche qui tienne… Jointe par téléphone, Pascale Nicolas, la directrice régionale d’Orange, accepte de répondre à quelques questions sur l’antenne de Briffaut…

– À propos du référé déposé par la Valentinoise de pesage : “C’est une demande pour stopper la mise en place de l’antenne. On a proposé de faire des mesures de champs après l’installation effective de l’antenne, et ça se fera. Mais pour l’instant on doit attendre les conclusions du juge. Nous, nous considérons que nous sommes dans notre bon droit. On a dit qu’on ferait ces mesures et ce sera le cas.”

“Chez Orange, nous sommes persuadés qu’il n’y a aucun souci”

“On est persuadé qu’il n’y a aucun souci, car on sait que l’émission au pied de l’antenne est de 0,1 volt/mètre et que ça ne doit pas agir sur les instruments de la société”.

– À propos des dommages et intérêts réclamés à la PME valentinoise : “Effectivement, Orange a bien déposé une assignation au tribunal de commerce”. Une procédure qui fait suite à “l’entrave au bon déroulement des travaux”. Pour l’instant ajoute-t-elle, les travaux se sont poursuivis et le mât a été monté, mais c’est tout.L’antenne ne fonctionne pas encore”.

– Enfin, à propos de la réunion à laquelle la presse ne serait pas conviée… “Ce n’est pas une réunion qui a été organisée par nous. Ce n’est pas non plus une conférence de presse… Pour nous, le process est régulier. C’est la mairie qui souhaite cette réunion, à elle de voir qui elle veut inviter”.

“Je veux dénoncer l’amalgame qui est fait par l’opérateur ”
Jean-Christophe Pugnaire est le gérant de l’entreprise La Valentinoise de Pesage.

Calme, pondéré, il commence par souhaiter “dénoncer l’amalgame qui est fait par Orange”.

“On a posé un référé par rapport à une activité professionnelle. Les balances sont contrôlées à 3 volts par mètre et moi je dis qu’au-delà de ce voltage personne ne peut attester qu’il n’y a pas de dysfonctionnement pour nos appareils de contrôle.”

En outre, ajoute le gérant, ”le référé a également été posé par rapport à la santé de notre personnel”.

“Ni moi, ni mon personnel n’avons participé à cette manifestation !”


La plupart des tests conduits par Orange étant, selon lui, plutôt anciens (2006) et n’ayant pas été réalisés dans des conditions similaires à celles qui pourraient être celles de Briffaut. Ensuite, ajoute Jean-Christophe Pugnaire, le collectif Impératif Santé, “a essayé de bloquer le site le 11 janvier”.

Mais ce jour-là assure-t-il, “ni moi, ni mon personnel (sept personnes en tout) n’avons participé à cette manifestation”.

Alors oui, dit-il, “j’ai signé la pétition, à titre personnel. Mais j’ai toujours bien pris garde de ne pas y mêler ma société qui a par ailleurs conduit cette action en justice qui sera demain (aujourd’hui lundi NDLR) au tribunal de Lyon. Et si j’ai utilisé la justice ce n’est pas pour faire n’importe quoi derrière !”

“Aujourd’hui, ça me coûte de me retrouver au Tribunal de Commerce de Romans avec une demande dommages et intérêts de plusieurs dizaines de milliers d’euros…” Une somme difficilement envisageable pour une entreprise comme la sienne.

“Alors oui ça nous malmène… Orange se moque de tout. Leur réunion? C’est de la poudre aux yeux. D’ailleurs je n’y suis pas convié et rien ne les a empêchés de poursuivre leurs travaux !”

Une charte, pour quoi faire?
Plusieurs années déjà que les élus parlent d’une charte à mettre en place entre la Ville et les opérateurs de téléphonie mobile. Si elle avait été initiée par Léna Balsan, lors de la précédente municipalité, elle n’a jamais été réellement officialisée. Ainsi, explique Patrick Royannez, “elle stipulait déjà que des réunions publiques devaient être organisées avant toute installation d’antennes relais, mais au fond elle n’a jamais servi. C’est pourquoi nous voulons en faire une réelle, signée par tous”.

En parallèle, la Ville a également décidé de publier une cartographie des sites déjà concernés par des antennes relais et une autre, porteuse des sites “à risques” (écoles, etc…) Dans ces deux cas, l’adjoint à la Santé souhaite que ces cartes soient accessibles à tous. Citoyens lambda soucieux de savoir ce qui l’entoure. Et opérateurs, souhaitant installer des relais. Car il y a un paramètre qu’il ne faut pas oublier : tout le monde veut aussi pouvoir profiter des merveilles de la technologie. Et la solution souvent défendue par les protecteurs de l’environnement, d’une multiplication d’antennes plus ”petites” n’est pas encore appliquée…

par Mireille ROSSi le 31/01/2011 à 11:44

Source :  http://www.ledauphine.com/drome/2011/01/31/ils-usent-de-pressions-pour-faire-taire-un-collectif

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