Des cancers se développent sous l’antenne relais

Publié le vendredi 12 février 2010 à 10H36

L'antenne relais de SFR rayonne sur les 35 maisons du lotissement.

GÉRARD OUTREQUIN, administré d’Urvillers a des, comment dire ? des… antennes. C’est ce que l’on comprend lorsque l’on décrypte les silences embarrassés du maire de la commune, Luc Potterie, de son premier adjoint Jean-Paul Lebrun et du second, Jean-Claude Charpentier. Les trois hommes et d’autres encore ont été sollicités par l’administré Outrequin soucieux de voir réexaminée l’implantation de l’antenne de l’opérateur SFR sur le château d’eau.
La demande peut sembler banale. Il en pullule des dizaines chaque semaine en France.
Le souci, cette fois, c’est qu’elle émane d’un homme un petit peu autorisé à parler. Gérard Outrequin, 82 printemps sous la casquette, a jadis mené son képi jusqu’au commandement adjoint de la compagnie de gendarmerie d’Amiens.
Pas un comique troupier donc mais un lieutenant en retraite, président de l’amicale des anciens combattants, multiple médaillé et, ce qui ne gâche rien, ancien conseiller municipal. Il n’en fait pas état et cela peut se comprendre car il a co-géré la commune sous le mandat d’Yves Griffon, le même Yves Griffon qui en 1998 a accueilli, les bras ouverts, SFR et son relais. Quoi d’autre ? Le cancer. On y vient.

Huit cas dans le périmètre

Septembre 1998, la commune achève avec SFR une négociation qu’elle pense avoir judicieusement menée : l’opérateur cherche en effet un point pour installer son relais de téléphonie mobile. Il est autorisé par voie de convention à implanter son matériel au sommet du château d’eau, pour douze ans et moyennant le paiement d’un loyer, non pas de 5 000 F comme il le proposait mais au prix fixé par le conseil municipal soit 9 000 F par an.
« Aujourd’hui, on doit être à un petit 1 700 euros. Ce n’est pas pour ce que çà nous rapporte… », grimace Luc Potterie, l’artisan ferronnier qui a pris la succession d’Yves Griffon en 2008. Rente maigrichonne, ce n’est pas faux, d’autant qu’en termes de ressources, la commune peut compter sur une pléiade d’agriculteurs et quelques PME (Agram, Deboffe, TTCM, et le relais autoroutier).
Intégrer l’antenne SFR dans la colonne bénéfice pourrait désormais devenir compliqué. Particulièrement depuis que l’on sait que dans le périmètre de son installation, non seulement l’immobilier n’a pas pris de plus-value mais que, de surcroît, la métastase rogne un peu vite la population.

Chercher ailleurs

Y aurait-il un lien de cause à effet entre les émissions de l’antenne relais et la morbidité dans le secteur ? Rien n’est moins sûr et pourtant, ces dix dernières années, trois personnes domiciliées à moins de 150 m de l’antenne sont décédées de cancers tandis que cinq autres sont en traitement par radiothérapie ou chimiothérapie. Gérard Ontrequin est de ceux-là. Il est suivi depuis juillet 2009. Colette, son épouse est touchée aussi. A 82 ans, elle ne peut se séparer du corset thermomoulé qui lui maintient la colonne vertébrale.
Le premier et le second adjoint dorment également sous la ferraille du relais et ne sont pas convaincus qu’il faille la déplacer (*).
Le moment s’y prête t-il d’ailleurs ? Plutôt, oui, si l’on se contente des explications laconiques de Bruno Lefèvre, l’homme en charge des questions d’environnement, pour SFR dans le quart Nord-Est de la France. « Dans ce cas, si l’on veut conserver la couverture de la commune et de ses environs, il nous faudra trouver un autre site d’implantation », expose t-il alors que la convention liant les deux parties doit être réexaminée dans quelques semaines.
On n’en est pas encore là mais des autorités telles que le préfet, la Ddass (direction départementale des affaires sanitaires et sociales), le conseiller général Frédéric Martin, Pierre André ou Xavier Bertrand ont été saisies du problème. Certains, tels le conseiller général et l’ancien ministre de la Santé, ont répondu – le dernier, sans perdre son calme – qu’ils s’y montraient attentifs. C’est aussi le sens de la jurisprudence à l’œuvre sur ces questions et ce qui motive l’action des collectifs comme Robin des toits ou Next-up.
En somme, Urvillers et SFR ne sont pas seuls sur la ligne. Pour ceux que la maladie et ses questions harcèlent, c’est plutôt une bonne nouvelle.

Yves KLEIN

Source : http://www.lunion.presse.fr/article/societe/des-cancers-se-developpent-sous-lantenne-relais

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